Hôtel Woodstock

L’année 1969 fut riche en évènement. Entre le premier pas de la lune de Neil Armstrong et la guerre interminable des Américains au Viêt-Nam, le monde a grandement évolué en cette année érotique. Mais du 15 au 17 août, la conquête de l’espace n’était plus le sujet prioritaire. Non, le centre de l’univers s’appelait, le temps d’un week-end, Woodstock. Un festival musical hippie transformé en un appel à la paix et à l’amour de la part de plus de 500 000 jeunes américains. De cet évènement historique, déjà analysé sous toutes les coutures, Ang Lee a souhaité traiter de l’organisation. Ce festival a en effet failli n’avoir jamais lieu. La rase campagne proche de New-York ne souhaitant pas vraiment accueillir la jeunesse stone, libertaire et naturiste. C’est Eliott, personnage central joué par un Demetri Martin toujours très juste, qui va sentir la bonne affaire. Revenu donné un coup de main pour tenir le motel parental, le jeune homme trouve un accord pour occuper les champs de son fermier de voisin, se multiplie pour loger tout le monde et ferme les yeux sur sa colérique de mère. Le film suit alors les tribulations d’Eliott. Lui qui doit résoudre les soucis par dizaines, qui doit aussi se débattre avec une homosexualité trop dure à refouler. En fait, il traverse Woodstock sans vraiment en profiter. Au départ, en tout cas. Car la justesse du film tient en l’évolution des personnages. Dans une Amérique profonde et aux principes plus proches de la carabine que du « flower power », personne ne souhaite voir débarquer des hippies par vagues. Pourtant, c’est inéluctable. Le rendez-vous est pris par ces milliers de jeunes à l’idéal pacifiste. Ils veulent être vus, être entendus. Ce flot d’utopie, cette ode à l’amour ravage tout sur son passage. Personne n’y échappe, pas même les plus acariâtres. Pas même le flic de service qui était venu « casser du jeune. » Non, le mouvement hippie et cette nuée d’espoir s’abattant à la face de la planète sont très bien retranscris. Une mère complètement folle et terriblement avare, un père désabusé, un vigile travesti, un organisateur en apesanteur, un GI – Emile Hirsch en pleine forme – dont l’esprit est encore occupé à trucider des Viêt-Cong, tout cela se mélange dans un sentiment de cohésion incroyable. Que du bon alors ? Non, le film a un gros défaut. Woodstock est ancré dans la mémoire collective comme le festival musical de l’histoire. Celui où Richie Havens fit le plus long show d’entrée. Celui qui vit Janis Joplin dans ses dernières œuvres. Celui qui sacralisa encore un peu plus Jimi Hendrix… Pourtant Ang Lee oublie complètement la dimension rock qu’un tel film réclamait. Pas une image du festival, pas un live tonitruant. La bande son ne restera pas dans les annales. A la sortie de la salle, ce manquement se ressent. Comme si l’auteur du Secret de Brokeback Mountain avait omis un détail essentiel à son œuvre. Un oubli qui sépare ce bon film d’un grand film…


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