La menace terroriste fait trembler Europe !

Souvenez-vous ! Ce n’était pas l’été dernier, mais celui de l’année 1792 : au lendemain de la Révolution Française s’établissait le régime de la Terreur, qui régna jusqu’en 1794, et fit trembler des pieds à la tête les Girondins et autres Robespierristes… Vous n’étiez pas nés ? Qu’importe. Sachez au moins que ce fut à cette occasion, certes tragique, que le mot « terreur » prit une dimension politique. Vous ne voyez pas où je veux en venir, et vous vous demandez ce qu’un article de rabâchage historique fait dans la rubrique « Actus » ? Détrompez-vous, les journalistes de Campus Mag’ ne sont pas tombés sur la tête (quoique), mais ils aiment les accroches préliminaresques à rallonge… Car c’est en 1794 que l’on utilisa pour la première fois le terme de « terrorisme » pour qualifier le régime autoritaire qui régnait alors, et ses partisans furent appelés eux-mêmes des « terroristes ».  Les « anti-terroristes », en contrepartie, étaient alors les artisans de la révolution du Thermidor. Aujourd’hui, l’acception du mot « terrorisme » reflète un « ensemble d’actes de violence (attentats, prises d’otages, etc.) commis par une organisation pour créer un climat d’insécurité, pour exercer un chantage sur un gouvernement, pour satisfaire une haine à l’égard d’une communauté, d’un pays, d’un système. » (Larousse)

Fermons les parenthèses historique et définitionnelle, et ouvrons à présent nos yeux et nos oreilles sur ce qui se passe en ce moment en Europe.

Car si le terme « terrorisme » a plus de 2 siècles, son utilisation dans le discours politique (abusive à mon goût), n’a jamais été autant d’actualité. « Attaque terroriste » par-ci, « menace terroriste » par-là, « attentat terroriste » ailleurs, les déclinaisons ne manquent pas pour nous servir tous les jours de la peur sous toutes ses formes. Et si le Terrorisme a bon dos (puisqu’il est personnifié, permettez que je l’affecte d’une majuscule), c’est justement parce qu’il ne représente personne en particulier. Qui sont ces fameux « terroristes » ? L’ETA ? Al-Quaïda au Maghreb Islamique  (AQMI) ? Quaïda Al-Jihad ? Les Islamistes de tous bords ? Des groupes encore inconnus mais Ô combien dangereux ? Avec un terme si générique, les amalgames sont faciles. Aussi, prenons garde à ne pas tout mélanger, au risque de faire le jeu des extrêmes qui s’alimentent de (et souvent alimentent eux-mêmes) la peur de leurs futurs partisans.

La guerre, fût-elle idéologique, ne se fait pas sans adversaire et doit se justifier par un ennemi de taille. Il faut aussi qu’il soit, si possible, en chair et en os,  afin d’y déverser (outre la haine contenue du peuple) quelques bonnes vieilles bombes artisanales, et/ou nucléaires, essayer quelques armes chimiques pour faire progresser la science, et envoyer des soldats se dégourdir les jambes et user de leur fusils. Comprenez bien : une arme qui ne sert pas, ça rouille ; ce serait dommage d’avoir investi autant pour les laisser s’oxyder dans leur étui.

A chaque époque son bouc émissaire, donc. La nôtre est placée sous la terreur que doivent nous inspirer (dixit notre gouvernement, croyons-le faute de mieux) les partisans d’Al-Quaïda, organisation terroriste orchestrée depuis le lointain Afghanistan. On le savait depuis longtemps, mais il nous fallait aussi mettre un nom et un visage sur cette « menace terroriste », afin de jouer aux fléchettes (entendez missiles et autres bombardements) sur son portrait punaisé au mur de notre salon. 11 Septembre 2001 : Ouf ! Louée soit la providence : un coupable, un nom, un visage, une cible (un prétexte ?) apparaît : Ousama Ben Laden, dirigeant d’Al-Quaïda. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, et de l’encre sur le papier.  Pourtant, 9 ans plus tard, la menace est toujours réelle : attentats du 16 mai 2003 à Casa, du 11 mars 2004 à Madrid, du 7 juillet 2005 à Londres (groupe terroriste pakistanais), du 11 avril 2007 à Alger (Al-Quaïda au Maghreb Islamique), du … octobre 2010 à Paris ? L’idée fait frissonner, et certainement pas de plaisir… Les services de sécurité sont en alerte, les forces de police sous tension, la DCRI (Direction Centrale du Renseignement Intérieur) a les manches retroussées, et les politiques, l’air piteux et désœuvré, entendent nous mettre la puce à l’oreille si ce n’est la frousse dans les entrailles avec leurs discours alarmistes. Sur le modèle du panneau « Attention, chute de pierres ! », faudrait-il que nous nous attendions à tout moment à assister au crash d’un avion sur la Tour Eiffel ? Et alors, que ferions-nous, sinon nous exclamer d’un air mi-surpris, mi-entendu : « Ah, ben ça ! Et pourtant, ils nous avaient prévenus ! »

Certes, les menaces sont réelles et le risque, à prendre en compte. Mais nous avons le droit de nous interroger sur la pertinence de la communication au grand public : les mises en garde du gouvernement ont-elles une efficacité préventive, ou ne sont-elles qu’un moyen de se dédouaner en cas d’attaque effective ? Au lendemain du 11 septembre 2001, la population américaine avait reproché aux autorités des Etats-Unis leur manque de transparence et la dissimulation du danger dans lequel elle se trouvait alors. Le gouvernement français se garderait bien de reproduire la même erreur, et applique la politique du « qui peut le plus peut le moins ».

Permettez une analogie . Je me suis insurgé, la première fois que j’ai pris le métro parisien, de l’annonce omniprésente à laquelle, las, je ne prête même plus attention (sic) : « Pour ne pas tenter les pickpocket, veuillez surveiller vos affaires personnelles« . Quel autre effet, je vous le demande, cette annonce a-t-elle que de provoquer des tensions entre les voyageurs, et nous soupçonner les uns les autres des pires méfaits ? La vieille dame lorgne son voisin « à l’air patibulaire », qui lui-même surveille untel « au teint suspect », qui lui-même surveille la vieille dame, « on ne sait jamais, elle cache peut-être quelque chose sous son chandail ».  J’ai été choqué par ces annonces et le climat de défiance permanent qui règne en Europe et particulièrement en France. Je suis aujourd’hui choqué par la frénésie médiatique concernant l’insécurité (souvenez-vous, le cheval de bataille de la campagne sarkozienne) et les affres du terrorisme, sempiternelle épée de Damoclès qui menace à chaque instant de nous fendre l’occiput. Dans la bouche du gouvernement, les causes de l’insécurité sont passées en quelques années des « jeunes de banlieue » aux « kamikazes islamistes », tout aussi loin les uns que les autres des confortables quartiers résidentiels où s’ébattent gaiement nos « joyeuses têtes blondes ». On est passé (médiatiquement et politiquement parlant j’entends) d’une insécurité de proximité à une insécurité internationale. Les acteurs ont changé, la peur est restée.

Bon, il est vrai qu’en ces temps marqués par le sérieux de la société ultra-rationnelle dans laquelle nous vivons le ton n’est pas à la rigolade, et il semblerait que si l’on peut rire de tout avec tout le monde, on ne peut pas en rire partout (en témoignent les évictions récentes de Stéphane Guillon et de Didier Porte des programmes de France Inter). Ainsi, par respect pour eux, et parce que je sais aussi que l’humour s’arrête là où commence l’impudence, je ne dépasserai jamais les bornes que m’impose ma bienséance naturelle. Aussi, j’arrête là mon billet pour l’heure, mais je vous promets de vous informer régulièrement des suites de cette histoire… explosive !

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