Bilan d’une Biennale de Lyon bien menée

Bilan d’une Biennale de Lyon bien menée0

Ornella LambertiPublié le 13 janvier 2010 - Lu 816 fois

La Biennale de Lyon vient de s’achever. Parti-pris, œuvres, fréquentation : quel bilan tirer de cette édition ?

Hou Hanru, commissaire de la Biennale de Lyon 2009, a choisi de mettre en exergue « Le spectacle du quotidien », avec une évidente référence à Guy Debord et à son ouvrage  La société du spectacle. Mais Hou Hanru manie les logiques de détournement à la perfection et, dépassant les thèses pessimistes du situationniste qui ont des allures de constat (la société du spectacle déréalise les individus), le commissaire opte pour une vision plus optimiste : le détournement du quotidien. Le quotidien, centre dialectique de nos sociétés hypermodernes. Finie l’héroïsation de personnages charismatiques (quoiqu’avec Obama…), place à la « démocratie radicale » telle que la nomme Jean Baudrillard, démocratie de la visibilité, qui fait que toute personne lambda peut être sur le devant de la scène et dévoiler de manière impudique son quotidien. Des téléréalités aux vidéos sur Internet, jusqu’à la misère toujours plus prégnante de nos rues, le quotidien s’infiltre dans notre société du spectacle, devenant alors le nouveau spectacle.
La proposition de Hou Hanru est à l’évidence paradoxale, le spectacle et sa logique de l’exceptionnel s’opposant avec force au quotidien, flux continu du banal. Cependant, le spectacle et le quotidien (tel que conçu pour Hou Hanru) se rejoignent ici dans la représentation, puisque de réinvention il s’agit.

Le quotidien réinventé des artistes contemporains
Généreuse, cette biennale a su trouver le point d’équilibre entre artistes renommés et artistes peu connus. Le dialogue entre les œuvres s’établit facilement et le parcours, cohérent, ne laisse pas de place au temps mort. Voici une sélection, subjective, de quelques œuvres frappantes.
Accueille à grands fracas, le portail en fer noir de Shilpa Gupta. Rivé au mur, il se balance, métronome violent, venant frapper avec force le mur, le lézardant petit à petit. La destruction obsessionnelle d’un mur (métaphore de l’enfermement) rappelle les autres travaux de l’artiste indienne sur la violence de l’inconscient. Olivier Herring filme la « jungle urbaine ». De jeunes désœuvrés jouent avec rien, mimant des armes à feu, poussant des cris quasi bestiaux, grimpant aux grilles de leur monde imaginaire… Il y a également les univers de patience et de délicatesse de Sarah Sze, qui élabore une sculpture immense et éphémère en forme de globe inachevé, les objets du quotidien formant cette structure incroyablement harmonieuse. Il y a également le raffinement des œuvres de Takahiro Iwasaki : de serviettes de bain, de sacs poubelles, émergent de subtiles structures, toutes en finesse, à peine visibles. Pour voir au-delà du quotidien et réinventer des mondes poétiques à partir du plus vil objet. Yang Jiechang narre le quotidien cruel de la mort du bout de son pinceau, créant des sculptures en forme d’os humains, en céramique peinte en bleu. Ces formes douloureusement évocatrices font songer à la délicatesse et la fragilité des destinées humaines. Le spectateur pouvait acquérir une de ces œuvres pour quinze euros, reversés à l’association Entretemps. Tsang Kinwah met en place une installation effrayante : des mots rouges hunger, struggle, etc., d’abord peu nombreux, coulent sur les murs d’une pièce sombre. Puis leur nombre s’agrandit, venant recouvrir la surface d’une masse grouillante et sanguine. Pendant ce temps, Olivier Ressler pose la question « Qu’est-ce que la démocratie ? » à des militants, des migrants ou des analystes politiques, tandis que Carlos Motta la pose à des piétons. Le résultat : des centaines d’heures de témoignages d’individus vivant supposément en démocratie. Une exposition dans l’exposition. Enfin, Wong Hoy Cheong détourne des scènes de genre françaises, en remplaçant les franco-français d’époque par la France métisse d’aujourd’hui. Une incursion coup de poing dans l’imaginaire collectif.

La Biennale de Lyon en chiffre
– 4 sites : La Sucrière, le Musée d’Art Contemporain, l’Entrepôt Bichat et la Fondation Bullukian.
– 165 000 visiteurs sur l’ensemble des quatre sites, soit une hausse de 12% par rapport à 2007.
– 50 % des visiteurs ont moins de 26 ans, ce qui est encourageant en ce qui concerne le renouvellement d’un public qui en outre, se familiarise tôt avec l’art contemporain.
– Toujours un cruel manque de femmes. A la Sucrière, sans compter les collectifs, sur une quarantaine d’artistes, à peine une dizaine de femmes. Au Mac, 14 artistes, 4 femmes. Un autre quotidien à repenser donc.

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