Danse contemporaine :« Cédric Andrieux » de Jérôme Bel, Une Vie
Classé dans Culture, SortiesPar Ornella Lamberti le 18 décembre 2009 à 18:11 — Lu 599 fois
Cédric Andrieux est un spectacle de Jérôme Bel, représentant radical de la non-danse. Adoptant une posture quasi naturaliste, le chorégraphe met en scène Cédric Andrieux, danseur qui, au lieu de danser, narre sa vie.
Un homme, en tenue de sport, immobile, les bras ballants, s’adresse au public : « Je m’appelle Cédric Andrieux. Je suis né à Brest. J’ai trente-deux ans. Je suis danseur». Une heure durant, d’une voix douce à la diction lente, presque atone, cet homme relatera son parcours : les prémisses de son obsession pour la danse, ses rêves, ses amours, ses échecs, sa frustration, l’épuisement du corps, les maux physiques. Parfois, pour étayer son propos, Cédric Andrieux danse. Son récit ne manque pas d’humour : par exemple, il explique que durant les exercices rituels que Merce Cunningham imposait à ses élèves, dont il faisait partie, il songeait à sa liste de courses.
Désacralisation de l’univers de la danse
L’exposition anecdotique de la vie de Cédric Andrieux désacralise l’univers de la danse, mettant en exergue la répétition ennuyeuse des exercices, bien loin de la virtuosité finale ainsi que les préoccupations souvent futiles des danseurs (« travailleurs comme les autres » nous dit Jérôme Bel), à mille lieues de l’exaltation intellectuelle que l’on imagine. « Si j’arrive à faire abstraction du costume que je porte et, de la musique, les pas que j’ai à faire sont tellement compliqués que j’en oublie le reste ». Le discours de Cédric Andrieux le met bien plus sûrement à nu que son justaucorps académique, dont il raille d’ailleurs l’esthétique douteuse.
Minimalisme de la mise en scène : le corps à nu
L’homme est seul sur les planches. Son corps est aussi raide que sa diction. Et pourtant, l’humanité qui transparaît dans ses paroles le rend touchant. Jérôme Bel choisit de mettre en tension l’extrême sensibilité d’un récit humain et la rigidité implacable des codes narratifs (immobilité, ton inexpressif, mise en scène non-spectaculaire) afin de rendre la nudité encore plus palpable. De même, lorsque Cédric Andrieux danse, c’est sans musique. L’on réentend alors les halètements, la respiration du corps en mouvement, qui s’épuise. Les gestes ont de nouveau cette densité lourde. Sans les artifices de la musique, le corps redevient vulnérable.
Une narration en temps réel : la question du documentaire
Il arrive que l’on ne soit plus dans un temps narratif mais dans un temps réel, notamment lorsque Cédric Andrieux prend une pose et la tient, assez longtemps pour que l’on comprenne qu’il ne s’agit plus d’une démonstration fantaisiste mais de la reproduction stricto sensu du geste, dans son exacte temporalité.
L’on rejoint ainsi le documentaire. Cette pièce est à cet égard troublante. Elle pose la question du réel et de la fiction. Une forme documentaire a-t-elle sa place au théâtre, lieu de fiction s’il en est ? D’autant plus que parfois, l’on frôle la mise en abyme. Par exemple lorsque Cédric Andrieux, parlant d’un spectacle antérieur de Jérôme Bel, The Show Must Go On, en rejoue un morceau. Qu’est-ce donc que cette pièce ? Un documentaire, une performance, une chorégraphie, du théâtre ?
Un espace médiatique
En réalité, il faudrait parler « d’espace médiatique ». Jérôme Bel offre la parole à ceux à qui on ne donne jamais la voix. Il ne choisit pas des chorégraphes ou des danseurs étoiles, mais toujours des corps de ballet. Son modèle, dit-il, est Claude Lévi-Strauss. Pourtant la forme narrative de la pièce l’apparente davantage à des romans écrits par des naturalistes comme Guy de Maupassant. C’est d’ailleurs bien Une Vie que nous donne à voir le chorégraphe de la non-danse. L’on songe également à Raymond Depardon et à ses portraits d’anthropologue. Jérôme Bel confirme : « mon enjeu principal n’est pas la danse mais la communication ». Il se réclame des radicaux, de Kasimir Malevitch à Marcel Duchamp et n’apprécie rien tant que de « casser l’attente du public » qui se déplace pour voir des danseurs danser. En outre, il travaille en série, ce qui n’est guère la norme en danse car, dit-il, « en reproduisant, il n’y a plus qu’une question de fond, pas une question de forme ».
Tranche(s) de vie(s)
Cédric Andrieux est la cinquième création chorégraphique d’un cycle commencé avec Véronique Doisneau, danseuse à l’Opéra. Entre-temps, se sont également succédés une ballerine brésilienne, un interprète thaïlandais et un danseur de la compagnie de Pina Bausch. A l’instar de la transmission des répertoires, souvent orale, Cédric Andrieux nous transmet ici une tranche de vie. La sienne. Mémoire certainement aussi importante que celle des ballets en eux-mêmes.
Crédits photo : © Cédric Andrieux
Articles en relation
Inscris-toi à la newsletter

Actualités
Tendances
Culture
Bons plans
Mes études
Ma carrière
Petites annonces 


I saw the piece yesterday in Hebbel am Ufer. I loved it. Being a performance artist within the visual approche, it inspired me a lot and I could describe many things which got me into interesting thoughts. I chose to share here just one of them:
Being aware of the smallest mouvement counting in the whole piece.. For ex. I could observe how Cédric Andrieux’s left hand during his narration changed and relaxed progressively as the piece developped. I observed it because he made the thumb and the middle finger touch each other like this was his free « room » as the whole boddy was under the concentration and controle of the mind. Progressively from being a very small and intimate mouvement and discret emotionel like and contained mouvement it developped to nearly be that letting himself go, the whole hand was mouving. He did not though let it come up, no but when I observed the gesture, I was in contact with the way of talking in certain cultures mouving the hands a lot as the words come out in the room. Anyway thank you very much for a great perfromance ! Agnès