Nicolas Bedos : raciste impuni ou humoriste incompris ?

L’association Collectif DOM a porté plainte, lundi, pour injures publiques raciales contre le « fils de » Bedos, Nicolas. Pourquoi le chroniqueur est-il traîné ainsi sur le banc des accusés ? Pour avoir publié deux billets sur le site web de Marianne. Intitulées « Indolence insulaire » et « Un voyage en Chirac », les chroniques condamnées par l’association d’Outre-mer, retracent l’escapade de Nicolas Bedos aux Antilles. Une fois encore, les suppôts de l’humour noir – c’est le cas de le dire – et du politiquement incorrect risquent le bâillon.

La liberté d’expression des humoristes, des chroniqueurs, des amuseurs et de tous ces fumistes qui raillent les travers de notre société dans les colonnes de la presse ou sur les plateaux de télévision, doit-elle être limitée ? C’est le retour de l’éternelle question « Peut-on rire de tout ? ». A laquelle un certain Pierre Desproges répondait par la pirouette suivante : « On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde ». Visiblement, Nicolas Bedos ne peut pas rire des Antillais, leurs boubous et leur soi-disant paresse, avec le Collectif DOM.

Car l’association d’Outre-mer veut museler les plaisantins qui vont trop loin. Et c’est le cas du chroniqueur de Marianne qui, selon elle, est coupable d’injures publiques raciales dans deux de ses chroniques publiées courant décembre sur le site web de l’hebdomadaire. Le collectif vise trois expressions couchées sur la Toile par Nicolas Bedos. Dans le billet « Indolence insulaire » (paru le 09.12.12), il retient la formule éponyme « indolence insulaire » et celle, bien plus poétique, qui clôture l’article « enculé de nègre ». Dans la chronique intitulée « Voyage en Chirac » (16.12.12), il condamne l’expression « autochtones oisifs ».

Pour l’un des avocats du Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais et Mahorais, Maître Jules Ramaël, interviewé ce matin au micro de France Info, « les termes méprisants contenus dans ces chroniques constituent, pour les originaires des Antilles, une grave atteinte à leur honneur. » Et les violentes expressions employées par Nicolas Bedos ne peuvent en aucun cas être justifiées par l’humour, car « ce type d’humour contribue à banaliser des propos racistes (…). L’humour ne doit pas entretenir dans l’inconscient collectif des stéréotypes infamants et injurieux à l’égard de la communauté antillaise. »

Dans sa plainte, déposée auprès du doyen des juges d’instruction de Paris, Collectif DOM note que « l’humour n’autorise [pas] l’injure raciale ». Ce sera au tribunal d’en décider. Dans les prochains jours… ou mois, celui-ci tranchera sur le caractère ou non d’injure raciale des formules utilisées par Bedos Jr dans ses chroniques hebdomadaires. Tranchera-t-il en même temps l’incessant débat sur les limites du droit à l’humour ?

Joint par France Info pour répliquer aux critiques de l’association, Nicolas Bedos n’a pas dissimulé son exaspération. Il a appelé les membres du collectif d’Outre-mer à relire son papier visiblement incompris. Il s’est par ailleurs désolé de voir que certaines personnes « n’arrivent pas à comprendre le degré zéro du deuxième degré » avant de s’emporter : « C’est très difficile de se défendre face à des imbéciles ».

Pour éclaircir ses intentions – non, Nicolas Bedos n’est pas raciste – l’humoriste a dû faire un commentaire de texte : « Le papier que j’ai écrit – qui s’appelle « Indolence insulaire » – est une satire du touriste facho qui vient dans les îles pour se dorer la couenne et toutes les expressions sur lesquelles ils m’attaquent sont des expressions qui sont mises dans la bouche de personnages dont je fais la critique. »

Selon lui, la banalisation des injures racistes est nécessaire pour briser les tabous qui gravitent autour du racisme. « Ça les banalise pour mieux les dénoncer : on ne va pas arrêter de dire le mot nègre, le mot bougnoul, le mot feuj, le mot pédé (…). C’est la politique de l’autruche », explique-t-il avant de citer le comédien américain Lenny Bruce : « Je dirais le mot nègre, nègre, nègre… jusqu’à ce qu’une petite fille noire n’éclate plus en sanglots dans une cour d’école ».

Nicolas Bedos affirme qu’il « est temps une fois pour toute que l’on fasse le procès de ces associations qui n’ont rien d’autre à foutre que d’emmerder des comiques ». Car l’ironie est depuis la nuit des temps une arme – malheureusement incomprise par certains – contre l’obscurantisme, l’intolérance, le racisme et bien d’autres maux qui rongent notre société. Elle permet aux essayistes, aux philosophes et aux chroniqueurs d’emprunter les mots de leurs adversaires pour les détourner et ainsi mieux les retourner contre eux.

Ce fût le cas de Montesquieu qui, dans l’Esprit des Lois (1748), dénonça l’esclavage en utilisant des expressions consciemment et excessivement racistes, dont la plus fameuse reste : « On ne peut pas se  mettre dans l’idée que Dieu, qui est un être très sage ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir. »

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