Ces photographies qui font des histoires

La chute éternelle du soldat républicain de Capa qui n'en finit pas de mourir, la nonne dissidente qui ose échanger un baiser avec un prêtre apostat, la célèbre Barbie molestée, humiliée par un mixer géant…La BnF présente un florilège de photographies polémiques qui, du daguerréotype à la photographie contemporaine, dresse « une histoire juridique et éthique de la photographie » (sous-titre du catalogue de l'exposition).

En quatre-vingt clichés choisis, cette exposition entend offrir un panorama discursif d'une histoire des controverses photographiques soulevant nombre de problématiques cruciales sur des questions éthiques qui subsument le champ photographique pour investir les problématiques de l'image en général.
La violence d'une image sert-elle ou dessert-elle son propos ? Est-il nécessaire de voir une main déchiquetée, séparée du corps pour appréhender l'horreur du 11 septembre ? Quand quitte t-on la réalité documentaire pour le sensationnalisme ? Quel crédit accorder à la photographie depuis les retouches du stalinisme jusqu'aux corps déterrés de la fosse commune par des journalistes peu scrupuleux faisant passer les cadavres pour des victimes de la dictature de Ceaucescu ? Que penser de la neutralité du témoignage du journaliste qui n'intervient pas en cas de conflit ? Le tristement célèbre cliché de Kévin Carter, d'un enfant soudanais rampant vers un point d'approvisionnement alors qu'un vautour le regarde lui vaudra le prix Pulitzer 94. Mais Kevin Carter se suicidera deux mois après. De même peut-on, sous prétexte que c'est de l'art, photographier des enfants nus dans des positions suggestives ? Les faits doivent-ils s'effacer devant le symbole ? Ainsi peut-on considérer que la photographie de  l'enfant vietnamienne courant nue, brûlée par le napalm reste le symbole d'une guerre même si en l'occurrence les bombardements que fuit l'enfant ne sont pas le fait de l'armée américaine comme on tend à le penser immédiatement mais le fait des forces vietnamiennes.
Pas de parti-pris, pas de réponse moralisante mais une salve de questions essentielles servies par des clichés pertinents et soulevées avec justesse et ce qu'il faut de neutralité pour laisser ouvert le débat. Malheureusement, l'analyse tend à se perdre dans un  embrouillamini de problématiques qui auraient mérité d'être thématisées. En outre, n'établissant pas de clair distinguo entre photographie d'art et photographie documentaire, l'exposition prête à confusion car ces deux types d'image ne sauraient être analysées à l'aune des mêmes paramètres.
En tout cas passionnantes car résistant à une analyse simpliste, ces photographies qui font l'Histoire ou qui font des histoires méritent que l'on s'y arrête.


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