Si tu veux que je vive…Lucie et Alfred Dreyfus
Marie-Neige Coche et Joël Abadie ont théâtralisé les nombreux échanges épistolaires entre le capitaine Alfred Dreyfus et son épouse Lucie dans leur combat pour la vérité, la justice et leur honneur. Pour évoquer cette « Affaire » qui a bouleversé la société française de la IIIème République, de 1894, date de la condamnation injuste du Capitaine Dreyfus pour espionnage au profit de l’Empire allemand, à 1906, date de l’arrêt de la Cour de Cassation qui l’innocente et le réhabilite, les auteurs donnent en outre la parole à un troisième personnage, une journaliste Dreyfusarde, engagée et féministe, Séverine, de son vrai nom Caroline Remy qui clarifie les étapes de l’affaire. Mais c’est avant tout autour du personnage de Lucie que se concentre ici le récit, son soutien sans faille, ses lettres d’encouragement, ses supplications pour que son mari tienne bon, pour qu’il ne mette pas fin à ses jours malgré la maltraitance et l’injustice qu’il subit durant les cinq années d’enfermement au bagne de l’Ile du Diable en Guyane. L’attente, le découragement, la solitude, l’espoir…mais par-dessus tout l’amour d’une femme pour son mari, c’est de cela dont il s’agit et c’est bouleversant. La séparation comme les retrouvailles sont poignantes, grâce au jeu subtil des comédiens : Joël Abadie (Alfred) exprime sa souffrance dans son regard, son corps tout entier, sa voix, sans pathos excessif et n’inspire que compassion. Lucile Chevalier offre une Lucie déterminée, émouvante et pleine de ressources pour sauver son mari. Claire Vidoni joue avec brio une journaliste qui replace les événements dans leur contexte politique et social.
Des extraits du journal de détention de Dreyfus, Cinq années de ma vie, et du J’accuse de Zola renforcent la rigueur historique et la charge émotionnelle.
Un spectacle bouleversant et puissant à voir pour la qualité du trio d’acteurs, l’efficacité et l’élégance de la mise en scène et pour avoir un regard neuf sur l’une des plus tragiques erreurs judiciaires du siècle dernier. (Photo Clémence Grenat)
Une production du Théâtre de l’Imprévu, avec Joël Abadie, Lucile Chevalier et Claire Vidoni.
Mise en scène Eric Cénat
Théâtre de l’Essaïon, 6 rue Pierre-au-Lard, 75004 Paris.
Loc 01 42 78 46 42
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