Les monologues du machin
Après Ève Ensler, qui connaît un succès international depuis 1996 avec sa pièce féministe Les Monologues du Vagin — traduite en 45 langues, jouée plus de trois ans à New York et encore en tournée aujourd’hui — Thomas Caruso Aragona se lance, courageusement dans une aventure aussi périlleuse qu’ambitieuse : donner la parole… au « machin ». Oui, le véritable pendant masculin. Rien que ça.
Le sujet est sensible, audacieux, et semé de pièges: le graveleux facile, la lourdeur déplacée, la blague de vestiaire. Autant de chausse-trappes dans lesquelles il serait très facile de tomber. Mais — et c’est là toute la réussite de la pièce — Thomas Caruso les évite avec élégance, grâce à un texte original, finement écrit, bourré d’humour et d’intelligence. Anecdotes savoureuses et réflexions plus sérieuses s’y entremêlent habilement : on parle de sexe, bien sûr… mais aussi d’amour. Oui, messieurs, même vous ! Sans oublier l’incontournable thème de la violence faite aux femmes très justement dénoncée.
Tour à tour conférence pseudo-scientifique (chiffres et statistiques à l’appui), confessions intimes, confidences à demi-avouées ou conseils (plus ou moins avisés) adressés à la gent masculine, tout est dit avec retenue et finesse. Parfois sans pudeur, souvent avec autodérision, toujours avec justesse.
Sur scène, les trois comédiens débattent du sujet avec une énergie jubilatoire, un humour ravageur et un sens du rythme impressionnant. Les répliques fusent à toute allure : une véritable performance théâtrale qui force l’admiration — et déclenche de nombreux éclats de rire.
La voix des hommes est enfin (oui, enfin !) entendue sur leur sexe, sur les questions qu’ils se posent… et celles que les femmes se posent peut-être aussi. On apprend beaucoup sur ce fameux « machin », mais surtout sur la fragilité masculine, la vulnérabilité, et ce combat parfois absurde pour imposer une virilité de façade. C’est drôlissime, parfois touchant, souvent surprenant. Bref : n’y allez pas… courez-y !
Avec le trio d’enfer que nous avons eu la chance de voir: Thomas Caruso Aragona, plus que parfait puisque c’est son texte et sa mise en scène, Luc Betton, au jeu toujours aussi subtil et juste et l’irrésistible et touchant Pierre Thorrignac. Ils sont en alternance avec les non moins doués Julien Vital, Clément Blouin, Antonin Verhamme, Jean-Philippe Renaud, Nicolas Soulié et Romain Company,
Jusqu’au 28 juin 2026
Les mercredis et vendredis à 19h, les jeudis et samedis à 21h, le dimanche à 15h
Théâtre Comédie Bastille, 5 rue Nicolas Appert, Paris 11ème
BON-PLAN: tarif moins de 26 ans à 12,50 € en 1ère catégorie (au lieu de 40 €)
Loc 01 48 07 52 07
« Cinéma : Les Puritains, un opéra italien en direct de New York !Un fil à la patte de G.Feydeau au Ranelagh »