Le cinéma français se mobilise pour les sans-papiers en lutte

Le film collectif en soutien à la régularisation des travailleurs sans papiers, soutenu par de nombreuses personnalités du septième art français, sera projeté ce soir à la Cinémathèque de Paris, puis dans les salles de cinéma de l’hexagone, sur le Net et à la télévision.

Encouragé par 350 acteurs, réalisateurs et producteurs de cinéma français, il met en scène des hommes et des femmes qui ont fait de leur droit à la régularisation un combat de tous les jours. Parmi les soutiens de ce projet, on retrouve Mathieu Amalric, Arnaud Desplechin, Charles Berling, Vincent Lindon, Juliette Binoche et encore bien d’autres grands noms du cinéma. En grève depuis 2008, date à laquelle ils ont décidé de sortir de l’ombre pour protester contre leur situation, ils n’hésitent plus à se faire filmer et à exposer calmement leurs revendications. Vivant dans des conditions scandaleuses, ces hommes et ces femmes ont pourtant été employés par Matignon, Monoprix, Etam, Franprix… Payés des sommes misérables, ils n’ont droit à rien : ni papiers, ni vacances, ni retraites, ni logement stable, ni conditions de travail justes.

En présentant ce court-métrage en pleine campagne des régionales, les protagonistes du film et les vedettes qui ont collaboré au projet veulent amener le sujet au coeur du débat public et attirer l’attention des politiques sur leur situation dramatique. Cela suffira-t-il ?

Voici le texte qui accompagne le film :

« On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici ! »

Un travailleur sans papiers et un travailleur avec carte de séjour, c’est quoi la différence ? Pas visible à l’œil nu, pas visible même avec une caméra. Et pourtant, ils sont là. Ils travaillent, ils construisent nos immeubles, réparent nos rues, posent les rails de nos tramways. Ils nettoient nos bureaux, font le ménage dans nos appartements, s’occupent de nos malades et des plus vieux d’entre nous. Ils lavent la vaisselle et les cuisines de nos restaurants, s’occupent de la sécurité de nos grands magasins, sont la main d’œuvre secrète de nos agences d’intérim… Avec ou sans papiers, leurs tâches sont les mêmes. Avec ou sans papiers, les obligations des uns et des autres sont aussi les mêmes : ils payent les cotisations sociales, l’assurance-chômage, la sécurité sociale, les impôts… Comme tout le monde. Alors, quelle est la différence ? La différence, c’est qu’un « sans-papiers » au chômage ne touchera pas d’allocation. La différence, c’est qu’un « sans-papiers » cotisera pour la retraite mais n’en touchera jamais un centime… Les mêmes devoirs, mais pas les mêmes droits. Et cela parce qu’il lui manque un papier, un seul : la carte de séjour. On peut fabriquer une voiture en Roumanie pour la vendre en France, on ne peut pas délocaliser les métiers du bâtiment ou les services à la personne. Alors on délocalise sur place, on emploie des « sans-papiers ». Un « sans-papiers », c’est d’abord un travailleur sans droits !Un travailleur qui vit dans la peur d’être expulsé, et qui s’il est licencié, n’a aucun recours mais une seule perspective : la reconduite à la frontière. Cette injustice est insupportable pour qui attache de la valeur à la devise de la République inscrite sur les frontons de nos écoles. C’est pour cela que nous avons décidé de nous mobiliser aux côtés de ces travailleurs, comme nous l’avions fait pour les enfants de « sans-papiers » avec le film « Laissez-les grandir ici ! ». C’est avec nos regards de cinéastes que nous voulons à nouveau marquer notre solidarité. « On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici ! » proclament les travailleurs sans papiers en grève. L’égalité des droits est l’exigence de tous. Régularisation de tous les travailleurs sans papiers, c’est ce que nous exigeons avec eux.
Collectif des cinéastes pour les « sans-papiers »

et la vidéo :

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