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Viande de cheval : le rapport d’enquête qui accable Spanghero

Les enquêteurs de la DGCCRF ont désigné Spanghero coupable d’une « tromperie économique » qui s’est étendue à plusieurs pays européens en étiquetant « boeuf » de la viande de cheval, en connaissance de cause. L’entreprise a perdu son agrément sanitaire en attendant des sanctions plus lourdes.

Depuis hier, les odeurs de tromperie sentent aussi fort que celles de la viande de cheval décongelée chez Spanghero. Lors d’une conférence de presse jeudi soir, le ministre délégué à la Consommation, Benoît Hamon, a révélé les premiers résultats de l’enquête menée sur cette vaste arnaque à la viande. « L’enquête démontre que Spanghero savait qu’il étiquetait ‘boeuf’ potentiellement de la viande chevaline. En tout cas, il y a suspicion forte », a déclaré le ministre qui a ajouté que cette tromperie durait depuis au moins six mois.

Ce rapport accablant révèle que l’entreprise étiquetait « boeuf d’origine U.E » de la viande de cheval provenant de Roumanie, au lieu de mentionner sa véritable nature et origine. Pour les enquêteurs, Spanghero ne pouvait ignorer la vérité du fait de plusieurs indices qui auraient dû lui mettre la puce à l’oreille. Les prix très bas par rapport à ceux en cours sur le marché est une première preuve que la viande ne pouvait être du boeuf, car celle-ci est habituellement plus chère que la viande chevaline. La couleur et l’odeur émanant de la viande décongelée étant clairement celles de la viande de cheval, les professionnels de Spanghero n’ont pas pu confondre des produits si différents.

Pour arriver dans nos assiettes, la viande devait suivre un périple assez complexe aujourd’hui reconstitué par les enquêteurs. L’usine Comigel basée au Luxembourg où sont préparés les plats, recevait la viande de Spanghero qui se fournissait auprès d’un trader localisé à Chypre et qui sous-traitait lui-même à Windmeijer Meat Trading, une entreprise néerlandaise, dont la viande provenait de Roumanie. L’enquête n’exclut pas la possibilité d’un accord entre les différents acteurs de cette chaîne pour gagner plus d’argent en dupant les consommateurs. L’usine Comigel accusée de « négligence » dans le rapport, se défend en précisant que la viande estampillée d’origine française par Spanghero était cuisinée sans décongélation, par conséquent, elle n’a pas pu se rendre compte de l’odeur ni de la couleur de la marchandise.

Les résultats de l’enquête ont été transmis au procureur de la République de Paris qui décidera par la suite si des poursuites seront engagées contre Spanghero. Sur les 550 000 euros de profits réalisés ces derniers mois, la société encourt jusqu’à 180 000 euros d’amende. Le gouvernement français souhaite prendre de l’avance sur la législation européenne et mettre en place un système qui permet de tracer facilement la provenance de la viande dans les plats précuisinés pour ne plus se retrouver face à un tel scandale qui concerne 750 tonnes de marchandise distribuées dans au moins 13 pays et 28 entreprises.

La société roumaine n’est pas mise en cause puisque plusieurs éléments montrent que la viande de cheval était indiquée comme telle lors de la vente. Face aux preuves accablantes, Spanghero nie sa culpabilité. « Le ministre Benoît Hamon a été très léger et s’est montré extrêmement imprudent » a déclaré jeudi le patron de Spanghero, Barthélémy Aguerre. « Je vais faire la preuve de notre innocence, de mon innocence en tout cas, et de celle de nos collaborateurs », a-t-il affirmé au micro d’Europe 1 vendredi matin, après avoir dit que les propos du ministre mettaient « en danger 300 personnes qui travaillent chez Spanghero sans aucune preuve ».

Le bras de fer commence donc, reste à savoir si l’entreprise Spanghero aujourd’hui dans le collimateur, réussira à prouver son innocence.


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