Depardieu : A-t-il raison de rendre son passeport français ?

Dans une lettre ouverte adressée dimanche matin aux deux « Premiers hommes de France », François Hollande et Jean-Marc Ayrault, Gérard Depardieu exprime sa volonté de rendre « [son] passeport et [sa] Sécurité sociale ». Réponse radicale aux déclarations du Premier ministre ! M. Ayrault avait qualifié la décision du comédien, l’exil fiscal en Belgique, « d’assez minable ». En s’installant dans le village belge de Néchin, l’acteur aux 170 films et aux 2 Césars, s’était attiré les foudres d’une partie de l’opinion française.

Depardieu a-t-il eu raison d’abandonner son pays en plein marasme économique ?

Pour certains commentateurs, la décision de celui qui incarna Obélix et Cyrano de Bergerac, relève de l’antipatriotisme. En abandonnant un navire en plein naufrage, l’acteur se comporterait comme un rat… Un rat bien ingrat qui se retournerait subitement pour mordre la main de celui qui l’a nourri depuis plusieurs années, l’Etat français, premier financeur du cinéma tricolore.

Pour d’autres commentateurs, Depardieu se contenterait de sauver son pactole – donc sa peau – des rapaces du Fisc. En sacrifiant sa nationalité française sur l’autel de la fiscalité, il lancerait un ultime avertissement au gouvernement socialiste… Cessez de considérer les riches comme des vaches-à-lait ! Lequel de ces deux camps, qui se querellent depuis plusieurs jours dans les colonnes des journaux, aux micros des stations radios, sur les plateaux des chaînes de télévision, a raison ?

Une chose est sûre… M. Ayrault doit se faire une raison : Depardieu rend son passeport français ! Selon Daniel Senesael, le bourgmestre dont dépend Néchin, la star aurait d’ores et déjà entamé la procédure nécessaire à l’obtention d’un passeport belge. Dans sa lettre ouverte, publiée dimanche dans le Journal du Dimanche, le monstre sacré du cinéma français, révèle (sans les révéler vraiment) les raisons de son exil.

« Minable, vous avez dit « minable »? Comme c’est minable.

Je suis né en 1948, j’ai commencé à travailler à l’âge de 14 ans comme imprimeur, comme manutentionnaire puis comme artiste dramatique. J’ai toujours payé mes taxes et impôts quel qu’en soit le taux sous tous les gouvernements en place.

À aucun moment, je n’ai failli à mes devoirs. Les films historiques auxquels j’ai participé témoignent de mon amour de la France et de son histoire.

Des personnages plus illustres que moi ont été expatriés ou ont quitté notre pays.

Je n’ai malheureusement plus rien à faire ici, mais je continuerai à aimer les Français et ce public avec lequel j’ai partagé tant d’émotions ! Je pars parce que vous considérez que le succès, la création, le talent, en fait, la différence, doivent être sanctionnés.

Je ne demande pas à être approuvé, je pourrais au moins être respecté.

Tous ceux qui ont quitté la France n’ont pas été injuriés comme je le suis.

Je n’ai pas à justifier les raisons de mon choix, qui sont nombreuses et intimes.

Je pars, après avoir payé, en 2012, 85% d’impôt sur mes revenus. Mais je conserve l’esprit de cette France qui était belle et qui, j’espère, le restera.

Je vous rends mon passeport et ma Sécurité sociale, dont je ne me suis jamais servi. Nous n’avons plus la même patrie, je suis un vrai Européen, un citoyen du monde, comme mon père me l’a toujours inculqué.

Je trouve minable l’acharnement de la justice contre mon fils Guillaume jugé par des juges qui l’ont condamné tout gosse à trois ans de prison ferme pour 2 grammes d’héroïne, quand tant d’autres échappaient à la prison pour des faits autrement plus graves.

Je ne jette pas la pierre à tous ceux qui ont du cholestérol, de l’hypertension, du diabète ou trop d’alcool ou ceux qui s’endorment sur leur scooter : je suis un des leurs, comme vos chers médias aiment tant à le répéter.

Je n’ai jamais tué personne, je ne pense pas avoir démérité, j’ai payé 145 millions d’euros d’impôts en quarante-cinq ans, je fais travailler 80 personnes dans des entreprises qui ont été créées pour eux et qui sont gérées par eux.

Je ne suis ni à plaindre ni à vanter, mais je refuse le mot « minable ».

Qui êtes-vous pour me juger ainsi, je vous le demande monsieur Ayrault, Premier ministre de monsieur Hollande, je vous le demande, qui êtes-vous? Malgré mes excès, mon appétit et mon amour de la vie, je suis un être libre, Monsieur, et je vais rester poli.

Gérard Depardieu »

C’est donc avec sa verve habituelle que Depardieu justifie sa décision. Avant de pouvoir rendre son passeport français, il devra remplir quatre conditions : « être majeur, avoir acquis volontairement une autre nationalité, résider habituellement à l’étranger (…), déclarer expressément en souscrivant une déclaration de perte. » Et avant de pouvoir perdre sa nationalité, il lui faudra devenir Belge… Car la France ne crée pas d’apatrides. Or, on ne change pas de nationalité comme on change de chemise.


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