Des journalistes dénoncent leurs sources à la police

Vingt-deux pédophiles ont été arrêtés, et un incarcéré. Ils ont été dénoncés par des journalistes de l’agence Capa qui avait enquêté dans le cadre de leur émission Les infiltrés. Le monde des journalistes est choqué.

Les journalistes de l’Agence Capa ont infiltré pendant près d’un an le réseau pédophile pour aller à la rencontre de ces hommes, comprendre leur manière d’agir et leur champ d’action. Jusque-là rien d’anormal, c’est presque du recyclé. Cependant, les journalistes ayant réalisé le reportage ont dénoncé tous les pédophiles qu’ils avaient rencontrés. Et la protection des sources dans tout ça ? La police a procédé à 22 arrestations et une incarcération.

Durant l’enquête, les reporters se sont fait passer pour des fillettes pour coincer les pédophiles. Des méthodes de policiers et non de journalistes. Les infiltrés sont-ils des auxiliaires de police ? Non. Ils vont à l’encontre de deux principes fondamentaux de l’éthique du journaliste.
La Charte des devoirs et des droits des journalistes stipule clairement que les journalistes doivent « s’interdire d’invoquer un titre ou une qualité imaginaires, d’user de moyens déloyaux pour obtenir une information ou surprendre la bonne foi de quiconque.». Or, ils se sont fait passer pour des mineurs qu’ils ne sont pas et n’ont, à aucun moment, décliné leur véritable identité. Si ce n’est pas une méthode « déloyale », qu’est-ce que c’est ? De plus, la Charte énonce également que tout journaliste se doit de «garder le secret professionnel». Deux fautes professionnelles graves donc.

Scandalisés, 15 journalistes ont signé un texte, rédigé pas Denis Robert, contre l’agence Capa. Pour se défendre, Hervé Chabalier, patron de cette agence de presse, déclare que les Infiltrés ont dénoncé des « systèmes, pas des gens ». Selon lui, « dans ce cas précis, la loi va au-delà du secret des sources ». Les journalistes auraient pu être condamnés en tant que complice.
Dominique Pradalié, secrétaire général du Syndicat des journaliste, s’insurge : « Quand un journaliste est dans le cadre de son métier, c’est la loi sur la protection des sources qui s’applique. On voudrait ruiner le métier qu’on ne s’y prendrait pas autrement ».  Laurent Richard, rédacteur en chef de Capa, tente de se justifier, « le journaliste est aussi un citoyen qui a une conscience ». Où était sa conscience quand il s’est fait passer pour une petite fille de 12 ans ?

Evidemment, si des enfants courent un danger, les pédophiles devaient être arrêtés. Ce sont les méthodes utilisées pas ces reporters qui sont scandaleuses. S’ils avaient mené leur enquête selon les méthodes déontologiques de la profession, ils n’auraient pas été confrontés à un cas de conscience comme celui-ci. Il était possible de faire un reportage tout aussi pertinent sur la pédophilie sans se placer comme complice. Dans une période ou les médias sont souvent mal perçus, la méthode est choquante.
Comment des personnes pourront-elles encore se confier librement à des journalistes si elles risquent d’être dénoncées par la suite ? Le secret des sources est l’essence même du travail des journalistes. C’est ce qui leur permet d’exercer leur métier. Les reporters qui ont dénoncé leurs informateurs font du mauvais journalisme et portent à mal l’ensemble de la profession.

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