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Il n’y a qu’une seule institution qui offre des parcours professionnels qui soient uniquement basés sur le mérite, c’est l’armée de terre. »

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Les filières de recrutement de l’Armée de Terre

Par Serge Zagdanski / le 14/09/08 à 16h37

 

Entretien avec le Colonel Desgrées du Loû, chef du bureau information communication de la sous-direction recrutement de l'armée de Terre.

 

Malgré la diminution annoncée de son format, 26 000 postes supprimés sur 6 ans, l'armée de terre va continuer à recruter massivement chaque année environ 14 000 jeunes. Pouvez-vous nous expliquer comment cette diminution drastique des effectifs s'accorde avec la politique de recrutement volontariste que vous continuez à mener ? Plus simplement, quelles vont être les incidences de cette restructuration sur vos recrutements ?

Colonel Desgrées du Loû : L'armée professionnelle n'est pas une armée de caserne mais une armée opérationnelle, mobile et projetable. Elle est engagée aujourd'hui sur de nombreux théâtres d'opération. Ce style de vie fait d'engagement et de disponibilité  implique bien évidemment la nécessité de conserver une armée jeune et rompue aux exigences du métier. Ce recrutement s'effectue dans un contexte de concurrence sans précédent car les besoins des entreprises explosent dans tous les secteurs tandis que la génération des baby-boomers part progressivement à la retraite. Il est donc indispensable, malgré les mesures de réorganisation en cours, de maintenir nos flux de recrutement afin de garantir l'efficacité opérationnelle de nos forces dans un contexte d'engagement soutenu. Pour ces raisons, la défense, et notamment l'armée de terre, demeurent aujourd'hui et pour les années à venir le premier partenaire pour l'emploi des jeunes.

Quels types de personnels recrutez-vous ?
Le recrutement est très diversifié puisque nous recrutons environ 14 000 jeunes par an, de sans qualification à bac + 5, la motivation étant le critère principal de sélection. 12 000 jeunes qui sont soit sans qualification, soit détenteurs d'un BEP, d'un CAP ou qui ont été jusqu'au bac viennent exercer chez nous une des 400 spécialités qui sont proposées aux militaires du rang, engagés volontaires dans l'armée de terre (Pilote de char, maître-chien, commando parachutiste, cuisinier, mécanicien, etc.).1 500 jeunes rejoignent, quant à eux, l'école nationale des sous-officiers d'active de Saint-Maixent pour devenir sous-officier de carrière : ils sont titulaires d'un bac général, professionnel, ou d'un diplôme de bac à bac + 2, certains à bac + 3 ; ils occuperont des postes de maîtrise.
Enfin 500 postes d'officiers sont proposés chaque année, aussi bien aux officiers issus du recrutement direct par Saint-Cyr qu'aux officiers sous contrat (OSC), qui effectueront au sein de l'armée de terre un vrai parcours professionnel, soit comme spécialistes soit comme officiers d'encadrement. Tous sont destinés à la conception et au management.
En bref, il y a chez nous de la place pour tous ceux et celles qui veulent vraiment nous rejoindre, qui sont motivés et qui sont attirés par le style de vie que nous proposons.

Comment intègre t'on Saint-Cyr ?
Il existe trois possibilités :
-    En faisant une prépa après le bac, comme pour les autres grandes écoles, que ce soit en classes préparatoires scientifiques, littéraires ou économiques.
-    Par concours à bac +3.
-    Sur dossier, avec épreuve de grand oral pour les titulaires d'un bac +5 validé.
À titre d'exemple, nous avons recruté cette année deux HEC et un ESSEC... et un certain nombre d'étudiants issus de l'université avec un diplôme bac + 5 validé. Nous ne recherchons pas nécessairement une qualification universitaire ou une école, mais une personnalité, un  profil, une motivation, une capacité à gérer son stress et à décider dans l'urgence. Je crois que le style de vie et les parcours professionnels que nous proposons sont en adéquation avec les aspirations de vie des jeunes d'aujourd'hui.

Au total, combien de jeunes rentrent à Saint-Cyr chaque année ?
À bac + 5 donc, c'est 30. En classes préparatoires, ce sont 150 garçons ou filles. La sélection est assez importante, comme dans toutes les grandes écoles. Je voudrais aussi préciser que contrairement aux idées reçues, on peut intégrer Saint-Cyr pour y effectuer un premier parcours professionnel. Il ne s'agit pas nécessairement de faire carrière. J'ai moi-même des camarades qui ont choisi Saint-Cyr pour l'aspect aventure en quelque sorte et pour  le commandement ; ils sont partis dans le civil au bout de 10 ans faire une deuxième carrière professionnelle. Ces gens témoignent de la richesse de la formation reçue et de l'expérience qu'ils ont pu acquérir. Saint-Cyr, c'est la véritable école du commandement. Autre possibilité : les officiers sous contrat. Nous offrons environ 300 postes d'officiers sous contrat. Avec l'armée professionnelle, nous nous sommes entouré de spécialistes et ce dispositif gagnant gagnant permet aux titulaires d'un diplôme allant de bac + 3 à bac + 5 et qui nous intéressent au titre de leur formation universitaire (communicants, spécialistes en ressources humaines,  spécialistes juridiques....) de nous rejoindre pour une période de cinq ou dix ans. Ils ont avant tout vocation à connaître une  première expérience professionnelle avec très rapidement des responsabilités qu'au même âge, ils n'auraient pas dans la vie civile. Et c'est une expérience professionnelle que l'on peut « revendre » très facilement !

On peut également devenir réserviste...
En effet. Un réserviste, consacre un certain nombre de jours par an au profit de l'armée de terre tout en exerçant un métier par ailleurs. Ce sont des gens que l'on choisit au titre de leurs qualités professionnelles et de leur motivation. Ils sont complètement intégrés à l'armée d'active et peuvent partir sur les théâtres d'opérations extérieures. Ça c'est pour la réserve opérationnelle, qui peut aller jusqu'à 90 jours par an. Je conseille d'ailleurs aux jeunes qui se poseraient des questions sur cette option de se rendre au Centre d'Information et de Recrutement des Forces Armées de leur département (CIRFA) ou sur le site Internet de l'armée de terre. Ils y trouveront toutes les informations précises sur ce dispositif qui permet de servir autrement, sans être exclusif. De militaire du rang à officier, l'armée de terre compte aujourd'hui près de 20 000 réservistes.

Qu'en est-il des sous-officiers ?

L'Ecole des sous-officiers s'adresse à des jeunes titulaires, au minimum, d'un bac pro ou d'un bac général et jusqu'à bac + 2, bac + 3. Actuellement, le niveau global est entre bac et bac + 2. Cette école forme l'échelon de la « maîtrise » pour reprendre un terme civil. Il faut savoir que 50 % d'entre eux deviendront officiers via notamment le concours interne de l'EMIA, l'Ecole Militaire Inter Armes. Celui qui est vraiment motivé peut facilement passer du statut de militaire du rang à celui de sous-officier et de sous officier à officier : Ainsi 50 % de nos officiers proviennent du corps des sous- officiers et 50 % des sous-officiers proviennent du corps des militaires du rang. La promotion sociale est bien une réalité chez nous. Et chose essentielle, cette promotion sociale et la réussite dans l'armée de terre sont basées sur un seul facteur : le mérite, qui est principalement issu de la motivation. Il n'y a qu'une seule institution qui offre des parcours professionnels qui soient uniquement basés sur le mérite, c'est l'armée de terre. La défense en général, mais l'armée de terre en particulier.

Est ce que les chances sont les mêmes pour tous ?
Les armées ont toujours constitué un ascenseur social. Monsieur Hervé MORIN, le ministre de la défense encourage cette dynamique en l'élargissant aux jeunes issus des milieux les plus défavorisés notamment par la mise en place du plan égalité des chances. C'est la possibilité pour chaque jeune d'avoir accès à une formation et à un métier offrant des perspectives professionnelles ambitieuses et valorisantes, mais aussi de bénéficier des conditions de reconversion.

Justement, que se passe-t'il quand on quitte l'armée ?
Nous avons mis en place un dispositif d'aide au placement pour tous nos militaires, quelles que soient leurs origines. La première raison est que l'on recrutera bien si on reconvertit bien. Ensuite, nous nous devons de replacer dans le secteur civil  ceux qui ont servi avec « honneur et fidélité ». Nous avons donc des agences pour l'emploi des militaires dans chaque région qui ont pour vocation de mettre le militaire qui quitte l'institution en liaison avec les entreprises qui recrutent. Ce système fonctionne très bien pour les militaires du rang et les sous-officiers, sachant que nous essayons quand même de placer les gens là où il y a une véritable demande. Nous savons qu'il y a actuellement des postes déficitaires dans les métiers du bâtiment, dans l'informatique, la mécanique...et beaucoup de nos spécialités sont directement transposables. L'expérience et le « savoir-être » acquis dans l'armée de terre sont des atouts évidents. Quant aux officiers qui nous quittent, et quel que soit le parcours effectué chez nous, ils trouvent le plus souvent par leurs propres moyens. Même au niveau « interne », notre dispositif d'aide au placement est encore souvent mal connu. À nous de mieux informer.

Puisque vous êtes recruteur, parlons argent !
Combien gagne-t'on quand on rentre dans l'armée de terre ?
On ne rentre pas dans l'armée de terre pour faire fortune, sinon, cela se saurait ! Cela dit, je crois très franchement que nous sommes assez compétitifs en termes de salaires en début de carrière. Pour vous donner quelques chiffres, en euros net, un militaire du rang, célibataire, sans enfant à charge et sans tenir compte des primes de qualification, touchera à son entrée 1 203 € sachant qu'il est nourri et logé s'il le souhaite. Certains n'ont même aucune qualification professionnelle. Un sous-officier célibataire et sans enfant à charge, sergent, 1er grade, touche 1 278 €. Trois ou quatre ans après il devient sergent-chef et touche 1 420 €.  Un major qui est au dernier échelon du grade de sous-officier percevra 2 241 €.
Dans le cas d'un jeune officier qui sort de Saint-Cyr, il commence comme sous-lieutenant à 1 652 €.  Et un lieutenant-colonel, au bout d'un peu moins de 20 ans de présence, touchera 3 951 €. On n'est pas malheureux financièrement, mais l'argent n'est pas une des motivations majeures.

Comment se renseigner sur les métiers de l'armée de terre ?
Il y a toujours un point d'entrée : les CIRFA - Centres d'information et de recrutement des forces armées - au nombre de 110 environ, répartis sur le territoire national.  Ces centres et cette nouvelle appellation sont issus de l'interarmisation et de la mise en synergie des moyens et des infrastructures, conséquences directes du dispositif nécessaire de profonde mutation des armées initié par le gouvernement. Pour les jeunes gens qui se rendent dans ces centres d'information, cela offre l'avantage de pouvoir avoir immédiatement des réponses précises sur l'ensemble des parcours et cursus qu'offrent l'armée de terre, l'armée de l'air et la marine. Les hommes et les femmes qui s'occupent de ces centres connaissent par cœur leur métier car ils viennent tous des régiments, de l'opérationnel et ils ont vocation à y retourner. Ce sont tous d'excellents militaires, avec une grande expérience, qui décident volontairement de devenir durant 5 à 6 ans orienteurs. Pour faire simple, ce sont des gens qui sont passionnés par leur métier et surtout qui veulent le faire découvrir, le faire partager aux autres. Et il y a également les sites Internet (www.recrutement.terre.defense.gouv.fr / www.defense.gouv.fr/terre) et Mobile (53321 armée de terre) qui permettent, en moins de trois clics, d'avoir accès à l'information recherchée. On y trouve des contacts, des portraits, des fiches métiers et beaucoup d'autres informations très pédagogiques sur les différents parcours que l'on peut offrir, sur les carrières.

 

 
 

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