Dans mes albums, j’essaie de faire entendre la voix des plus démunis »
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Femi Kuti : Au nom du père et de la terre d' Afrique
Par Jonathan PRETRO / le 03/10/08 à 16h39
Genre : Musique du monde
Nationalité : Nigérianne
Day by Day
Artiste : Femi Kuti
Label : Labelmaison/Pias
Le plus bel héritage qu'ait pu laisser Fela Anikulapo-Kuti à sa patrie africaine se situe dans sa descendance. À la fois musicien de génie et militant forcené de l'injustice, celui qui a été l'inventeur de l'afrobeat - mélange de jazz, de funk et de musique traditionnelle africaine - a également donné naissance à Femi, son fils aîné. Réceptif à la musique et aux valeurs transmises par son père dès son plus jeune âge, Femi s'est rapidement imposé comme son digne successeur, tout en élaborant une musique et un style qui lui sont propres. Avec la sortie de son cinquième album, Day by day, Femi Kuti exprime une fois de plus sa détresse devant la crise économique et politique qui touche de nombreux pays africains, dont le sien, le Nigéria.
Peut-on dire que cet album est un message pour la paix ?
Comme dans chacun de mes albums, j'essaie de faire entendre la voix des plus démunis et de ceux qui sont victimes d'injustice. Il est malheureux de constater que, plus les années passent, et plus les choses vont mal. Cela me rend très triste.
Comme dans vos précédents albums, vos critiques sont assez vives envers la classe politique de votre pays...
Il n'est pas seulement question du Nigéria. Je parle également au nom d'autres nations comme le Kenya, la Zambie, le Zimbabwe et l'Afrique du Sud par exemple. Le problème de chacun de ces pays est la politique.
Justement, dans Demo crazy, vous dénoncez le manque de démocratie pour l'ensemble du continent...
Depuis la décolonisation, de très nombreux gouvernements africains sont corrompus. Les plus puissants en profitent, et de son côté, le peuple souffre. Beaucoup de pays n'arrivent pas à se sortir du piège de la dictature et de la corruption. C'est une véritable gangrène.
Tell me est sûrement le morceau le plus virulent de l'album. Le refrain est composé de la phrase suivante : « Les politiciens s'en fichent, les riches s'en fichent ». D'où vient le problème selon vous ?
Il vient de là justement. Les politiciens n'en ont que faire et les riches aussi. Pourquoi n'avons-nous pas assez d'hôpitaux, d'écoles et de lieux dédiés aux loisirs comme la musique ? Que font tous ces gens-là pour nous ? Ils préfèrent garder l'argent pour eux. Ce sont des égoïstes.
Do you know ressemble à un hommage que vous rendez à ceux qui vous ont influencés comme Louis Armstrong ou Dizzie Gillespie...
Ce sont eux qui m'ont donné envie de devenir musicien. J'ai toujours rêvé d'être un grand instrumentiste et de jouer à leur manière.
Vous finissez le morceau avec la phrase : « Do you know Fela Anikulapo-Kuti ? ». Est-ce aussi une manière de rendre hommage à votre père ?
(Il sourit) Je ne pouvais pas citer toutes ces personnes, sans évoquer mon père. Comme dans toute relation entre un père et son fils, il m'a beaucoup appris, et ce, à plusieurs niveaux : comment évoluer en tant qu'homme, comment acquérir un certain nombre de valeurs et comment percevoir la musique.
Quelles sont les ressemblances entre votre musique et celle de votre père ?
Dès le début de ma carrière, j'ai pris l'initiative de monter mon propre groupe (ndlr : The Positive force). Bien sûr, j'ai beaucoup écouté mon père, je connais sa musique par cœur, mais je ne voulais pas le copier. Beaucoup de gens m'ont dit : « Oh, tu me rappelles ton père ! » C'est vrai, je suis son fils, mais je ne cherche pas à parler, chanter et danser comme lui. Il n'y a qu'un seul Fela Kuti. Et je voulais qu'il n'y ait qu'un seul Femi Kuti. Ce qu'il peut m'arriver de plus beau, est de pouvoir trouver ma propre âme.
Peut-on dire que la musique de la famille Kuti est une musique de combat ?
(Il réfléchit) Je pense que c'est une musique qui lutte contre les injustices.
J'ai entendu dire que vous pouviez rester sur scène durant plus de cinq heures. Est-ce vrai ?
(Il fait un grand sourire) Oui, je l'ai fait plusieurs fois même. D'ailleurs, j'ai une petite anecdote à ce sujet. Un jour, un petit groupe de jeunes était venu un peu par hasard à l'un de mes concerts. Je pense qu'ils avaient bien bu avant de venir. Après deux heures de représentation, ils se sont endormis. Sur les coups de sept heures du matin, ils se sont réveillés, et brusquement, ils ont dit : « Il est sept heures du matin et il joue encore ! Mais il est complètement fou ce mec ! » (rires)
Quel est votre secret ?
La détermination. Quand tu es prêt à mourir pour tes idées, tu peux faire n'importe quoi, la force et l'énergie seront toujours présentes. Surtout quand tu sais que tu as raison, que tu es dans ton droit.
Parmi les musiciens et les chanteurs qui vous ont accompagnés sur cet album, on note la présence de Keziah Jones, qui est à la guitare sur Tell me. Vous êtes amis proches ?
Avec Keziah, on se côtoie depuis de nombreuses années. Le fait que nous soyons tous deux originaires du Nigéria a facilité ce rapprochement. Quand un continent comme le nôtre connais tant de maux, nous, musiciens, il est de notre devoir de se serrer les coudes. Nous combattons pour les mêmes idées.
Votre fils, Made, a également participé à l'élaboration de cet album. La famille Kuti et la musique semblent être une longue histoire de traditions...
(Il sourit) On dirait que cela y ressemble...
Tout comme vous, il a commencé à s'intéresser à la musique dès son plus jeune âge...
Oui, c'est exact. Parfois, il me rappelle celui que j'étais, à son âge. Je constate aussi qu'il a les opportunités que je n'ai pas eues. Plus jeune, mon père m'avait donné une trompette et il m'a dit : « Débrouille-toi ». Je n'ai pas eu de professeur. Même chose pour le saxophone. Aujourd'hui, je considère que mon devoir est d'aider mon fils, de lui enseigner la musique. Ce qui me rend fou de joie est de voir qu'il prend beaucoup de plaisir à jouer. Il m'écoute et il est très appliqué.
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