Mon stage pour devenir psychologue clinicien spécialisé en criminologie

Erwan, jeune breton, aspirant-psy, bientôt le quart de siècle, s’est assis sur les bancs de la Fac juste après l’obtention de son bac L, pour étudier la Psychologie. Une « usine à chômeurs » pour certains, une passion pour lui. Aujourd’hui, Erwan veut devenir psychologue clinicien, spécialisé en psycho-criminologie et victimologie. Pour réaliser son rêve, il devra valider son master 1 en Psychopathologie clinique, boucler son mémoire sur la responsabilisation des délinquants et poursuivre son stage au sein de l’association La Sauvegarde 56. Une expérience sur laquelle il revient pour Campus Mag

La compréhension de l’esprit humain, comme les théories de Freud et Lacan, dont j’ai découvert les subtilités à l’Université, me passionnaient depuis un moment. Mais, c’est la rencontre de personnes en souffrance qui m’a vraiment donné l’envie de m’investir dans le champ de la Psychopathologie clinique. Une voie que j’ai empruntée dès la licence en choisissant l’option criminologie et victimologie, deux mots barbares que l’on peut appréhender au prisme des défaillances du lien social.

L’intérêt d’une telle formation, qui dure cinq ans pour les rares chanceux au parcours sans embûche, c’est qu’elle donne la chance aux psys en herbe d’enchaîner les expériences professionnelles à partir du master 1… S’ils sont capables de se débrouiller seuls pour dénicher un stage. C’est heureusement mon cas. Dans ce cadre, j’ai pu découvrir trois milieux fascinants : le Centre de ressources autour des auteurs de violences sexuelles (CRAVS), le service de médecine légale du CHU de Rennes, qui m’a permis de « vivre » une autopsie, le service de défense sociale d’une clinique bruxelloise, qui accueille les criminels atteints de troubles psychiatriques…

Et enfin, La Sauvegarde 56, une association d’action sociale qui travaille en lien avec le Parquet de Lorient, et dans laquelle j’exerce comme psy contractuel depuis bientôt trois mois. Toutes ces expériences, diverses et variées, malheureusement mal-payées, mais extrêmement riches, m’ont conforté dans l’envie de devenir un jour psychologue clinicien. Elles m’ont permis d’humaniser les criminels qu’on qualifie hâtivement de « monstres » et de me confronter aux souffrances des victimes. Mais aussi de revenir sur mon histoire personnelle, de m’ouvrir aux autres et de mûrir au contact de professionnels passionnés.

L’une d’entre elles m’a bouleversé : la visite de la prison de Forest en Belgique. Je me souviens encore de chaque détail : les contrôles, les portes blindées, les barreaux… C’est un monde à part pour les visiteurs. Un cauchemar pour les détenus… Qui vivent entassés dans de minuscules cellules crasseuses. Cette expérience m’a finalement permis de questionner l’utilité réelle des prisons. Comme quoi, un stage peut faire naître des réflexions, voire des vocations, politiques.

Pour en revenir à celui que je réalise au sein de La Sauvegarde 56, ma mission consiste à faire passer de brefs entretiens aux prévenus, afin de faire le point sur leur situation sociale, familiale et professionnelle, mais aussi de proposer des solutions au magistrat pour aménager leur peine de prison. D’ici quelques mois, je pourrai endosser le rôle de médiateur lors de visites pour parents divorcés ou réaliser des suivis socio-judiciaires avec les personnes incarcérées.

De belles perspectives d’avenir ! Mais qui prennent rarement la forme de contrats à temps plein. Faute de moyens, nombre de psys, souvent mal-payés, enchaînent les mi-temps. Alors, oui, j’ai un rêve : devenir l’un des huit profilers qui exercent au sein du Groupe d’analyse comportementale (le GAC qui dépend de la gendarmerie nationale) et qui sont appelés sur d’obscures scènes de crime. Je peux toujours rêver… Pour joindre les deux bouts, et en attendant de devenir le nouveau Sam Waters, je fais de la mise en rayon chez Carrefour.