Monumenta aux confins de la mort : les sépulcres hantés de Christian Boltanski
Classé dans Culture, SortiesPar Ornella Lamberti le 17 janvier 2010 à 15:16 — Lu 1 825 fois
Monumenta, exposition annuelle d’art contemporain, mérite son nom titanesque. Christian Boltanski, un des artistes français les plus réputés à l’international, investit l’espace de la Nef du Grand Palais d’une installation gigantesque et glaciale, sur les thèmes de la mort et de la transmission.
A l’entrée, une muraille de boîtes en fer, rouillées et numérotées, accueille un visiteur assourdi par des bruits répétitifs et mats. Dépassant cet alignement de ferraille usée et inventoriée, le spectateur entre en immersion dans un univers sépulcral à la température polaire. La verrière de la Nef du Grand Palais, si romantique dès le printemps grâce à sa structure vert-de-gris, se transmue en écrin glacial, éclairé d’une lumière atone et aveugle pour l’installation saisissante de Christian Boltanski : « Personnes ».
Au sol, des vêtements étalés, parqués dans les mêmes espaces parfaitement alignés. Des néons à la lumière crue surplombent ces amas d’habits inhabités, autrefois portés. Cheminant avec autant de déférence que l’exigerait un cimetière, le promeneur se prend à songer aux camps de concentration. La mélopée itérative de graves palpitations de cœurs introduit du vivant dans un paysage mortifère. Les habits deviennent alors évocateurs. Le flâneur imagine ceux qui les ont un jour revêtus et, grâce à ces images mentales, insuffle de la vie parmi la désolation de la mort qui transparait de ce paysage.
Les vêtements sont orientés vers une monumentale pile de vêtements, éveillant l’image du charnier. Une pince mécanique vient s’y approvisionner avec une froide régularité. Elle se saisit de vêtements comme de chiffons, les soulève jusqu’au faîte de la verrière, et les laisse retomber, impitoyable. Ils choient alors, rejoignant l’amas de ceux qui ont déjà chu. Puis, mécanique implacable, le cycle recommence. Christian Boltanski évoque la main divine qui prend et jette indifféremment. Et toujours, plus qu’un fond sonore, les pulsations des cœurs, de toutes parts, à la fois battements individuels et organe commun.
Cette sonorisation provient du projet de l’artiste « Les Archives du cœur ». Près de trente mille personnes ont déjà enregistré quelques secondes de leurs battements de cœur, afin de constituer des archives. Conservées sur une île du Japon, elles seront librement consultables. La relative inaccessibilité du site confère à la visite des archives un statut de pèlerinage.
Chez Christian Boltanski, il est question d’individuel et il est question de mémoire collective.
Richard Serra, invité de la dernière Monumenta, avait érigé des plaques d’acier verticales. Christian Boltanski, lui, étale des vêtements à l’horizontale, semblant évoquer l’humilité dont devrait faire preuve l’homme face à l’inéluctabilité de sa propre mort.
Monumenta
Personnes de Christian Boltanski
Jusqu’au 21 février 2010
Nef du Grand Palais
Avenue Winston Churchill, 75008 Paris
Tarif : 4 euros.
Pour en savoir plus : site de Monumenta
Crédits Photo : Didier Plowy, Tous droits réservés Monumenta 2010, ministère de la Culture et de la Communication
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Impressionnée par cette magnifique description de l’œuvre: j’ai eu l’impression de me promener sous la nef du Grand Palais. Et même si je ne pourrais pas aller voir cette installation, grâce à ton article je me dis que je n’ai pas tout raté. Merci.
Merci pour ce post
l’expo était pour moi un bon prétexte de redécouvrir le grand Palais ( toujours aussi impressionnant)et de voir de près cette vision intéressant de l’artiste
Pour ce qui on pas pu être vous pouvez aussi jeter un œil sur cette version immersive
http://myriamax.com/blog/content/monumenta
Cordialement.
Impressionnant… rien à rajouter de plus… l’article décrit parfaitement se que l’on ressent. Boltanski fait du visiteur un constituant de son œuvre… on ne regarde pas l’œuvre de l’extérieur.
J’avoue avoir hésité en voyant des reportages à la télé.
En lisant cet article je dois avouer être conquis et maintenant je n’ai qu’une envie : Y ALLER!!!!!!!!
Bon bein je vous laisse, je file à l’expo ce WE pour la peine…
Un très bel article! (une fois de plus) Nous voilà portés à travers cette exposition. Chapeau bas à la rédactrice!
Bah j’hésitais à y aller mais j’avoue que cet article m’a motivé…
Je n’ai pas la chance d’habiter à proximité de ce lieu, mais la lecture de cet article me transporte dans cet univers froid mais aussi enchanteresque.
Bon article qui donne envie d’aller voir l’expo, et le Grand Palais que je n’ai pas encore visité depuis sa rénovation. C’est l’occasion rêvée.
Ayant vu quelques reportages à la télévision sur cette exposition, je me suis dit : « bon c’est de l’art contemporain et puis voilà quoi ». De plus, je ne sais pas si c’est le fait d’une prénotion de ma part, ayant entendu que l’artiste avait demandé d’éteindre le chauffage au grand palais, mais celà avait l’air très froid. Cette article donne vraiment envie d’y aller et aide à transformer cette froideur en une certaine magie. Une magie qui se veut dans une ambiance macabre mais qui pousse le spectateur à satisfaire sa curiosité.
Bravo à l’auteur d’avoir transmis ce que les différents Jt n’ont pas réussi à faire.
Un beau résumé de ce que l’on peut voir et ressentir dans l’exposition. Il est important de parler d’art contemporain souvent trop peu connu, dans des sites comme celui-ci.
Voilà une présentation au plus près de l’œuvre, et sans fautes!!!