Interview : Michaël Grégorio en tournée

Michaël Grégorio renouvelle la profession d’imitateur : capable de chanter « Kiss » de Prince façon Vincent Delerm ou même d’imiter la guitare de Carlos Santana, ce jeune artiste a réellement un don. Son spectacle, pêchu, mêlant textes humoristiques et vrais moments d’émotion, donne à coup sûr le sourire. Interview informelle à 18h, autour respectivement d’un plat de pâtes et d’un thé, heure du repas pour Michaël Grégorio avant son entrée en scène !

Mais que diantre faites-vous pour avoir une pêche pareille ?
La réponse est là, sur ma table.
Du thé et du miel ?
Pas seulement. C’est beaucoup de sommeil et une hygiène de vie stricte. J’essaie de faire du sport à côté, je fais attention à moi et je ne fais jamais d’imitations en dehors du spectacle. Aujourd’hui je me suis levé très tard et je n’ai rien fait !
C’est une vie palpitante que celle de de Michaël Grégorio !
(Rires) C’est comme cela sur des périodes intenses.
Pas de secrets de grand-mère, alors ?
Si, le miel à la propolis. Mais pas seulement. Par exemple, dans quelques instants, mes pâtes vont arriver, c’est Le Bataclan qui régale. (A ce moment exact, son régisseur entre dans la pièce avec ladite plâtrée de pâtes). Voilà, ça c’est ce qu’on appelle synchro ! (rires)
En fait, c’est un vrai régime de sportif.
Complètement. J’essaie de faire attention mais ce n’est pas toujours possible, surtout quand on part en tournée et qu’on enchaîne beaucoup de dates. On imagine que c’est la fête tous les soirs mais c’est faux: il faut se lever tôt et prendre la route.
Vous serez en tournée de janvier à juin en France, en Suisse, en Belgique et en Tunisie. Quelle est l’ambiance lors de la tournée ?
C’est très bon enfant, avec une ambiance un peu potache, je pense que cela se ressent dans le spectacle. Cela fait trois ans que l’on joue tous ensemble. Cette année, on supprime les chambres d’hôtels et on part en « tour bus ».
Comme les combis des hippies ?
Non, on est loin des bus de hippies ! Peut-être dans l’esprit collectif, puisqu’on aura tous nos couchettes à l’intérieur mais cela restera un grand bus de tournée. Comme on vit ensemble, il faut qu’on s’aime bien. Mais ça se passe très bien, avec des personnalités assez différentes. C’est un vrai bonheur !
Avez-vous déjà rencontré des personnes que vous avez imitées ?
C’est arrivé souvent, toujours de manière plus ou moins organisée. Il y a eu de jolis moments, notamment avec Joe Cocker. J’ai aussi chanté avec Christophe Willem sur « She’s out of my life », j’imitais Michael Jackson, il chantait avec sa voix, c’était merveilleux. J’ai également de bons souvenirs avec Vincent Delerm, Garou, Elie Semoun, James Blunt, Roch Voisine, etc. Je suis toujours un peu tendu à l’idée de les imiter face à face. J’ai toujours peur de blesser. C’est comme montrer un miroir déformant à quelqu’un : il ne s’y reconnaît pas forcément. Certains me disent s’y reconnaître et ça me touche. Mais est-ce qu’ils le pensent vraiment, ça c’est autre chose.
Comment est-ce qu’on devient imitateur ?
Je n’ai jamais voulu devenir imitateur. C’est le hasard et la musique qui m’ont amené à faire ce métier. J’étais fan de Radiohead, de Muse, de Nirvana et je chantais dans le car pour aller au lycée le matin à la manière de mes idoles, de Thom Yorke, de Kurt Cobain. Ce sont mes camarades qui m’ont poussé à travailler autre chose. Ensuite, j’ai eu la chance de participer à l’émission « Graine de Star » en tant que Graine d’imitateur. Puis, de spectacles en spectacles et de rencontres en rencontres…
Votre famille et votre boulanger vous demandent-ils sans cesse de faire des imitations ?
Ah non, jamais, ils savent que je n’aime pas ça. Je ne fais jamais d’imitations dans la vie, je suis quelqu’un de totalement normal. C’est vraiment professionnel. Quand je suis invité à un mariage ou à un anniversaire, les gens me le demandent. Mais je suis là pour profiter de la soirée, comme tout le monde.
Il doit y avoir des déceptions.
Oui, mais tant pis, c’est comme ça. Parfois, dans la rue des gens me demandent « faites-moi ci, faites-moi ça ». Non, je suis désolé mais si vous voulez, je le fais pendant une heure quarante-cinq, venez ! Je suis absolument normal en dehors du spectacle.
On se doute bien que vous n’êtes pas schizophrène !
Je suis schizophrène mais professionnel !
Mais qui est le vrai Michaël Grégorio ?
Ma passion c’est la musique. Je passe le plus clair de mon temps à jouer de la guitare, à écrire, à composer, à lire. Quand je peux, j’aime bien voyager aussi. Mais le travail prend énormément de temps. Si on enlève la musique, je ne fais pas grand-chose à côté, honnêtement.
Des références, des mentors ?
Thom Yorke ! Mon metteur en scène, Arnaud Lemort, est quelqu’un qui m’inspire beaucoup. Pour les humoristes j’aime énormément Elie Semoun, Bruno Salomone, dont je faisais les sketchs au lycée. J’aime aussi l’humour noir de Stéphane Guillon ou de Fabrice Eboué. J’ai découvert récemment Gaspard Proust.
Vous allez bientôt sortir un DVD…
On le captera sans doute le 13 ou le 14 mai au Bataclan. Le DVD sera une version light du spectacle car il manque certains morceaux qu’on peut exploiter commercialement sur scène mais par sur un DVD. Et puis il manquera l’ambiance. Mieux vaut voir le spectacle : on ne peut pas vraiment mettre des spectacles en boîte, le mieux reste d’aller voir les artistes sur scène.Les gens portent aussi, c’est un échange. C’est Etienne, mon pianiste, qui cite Sinatra à ce propos : « You’re only as good as your audience ». Il n’y a pas de mauvais public mais il y a parfois de mauvaises circonstances, surtout pour un spectacle comme le mien, pour lequel on a besoin d’un minimum de références. Quand je ne joue pas pendant un mois, je ne vais pas bien, j’ai vraiment besoin de ça. Je suis addict !
C’est Laurent Ruquier qui écrit vos textes…
C’est une co-écriture : Arnaud Lemort et moi-même travaillons ensemble sur l’habillage et Laurent Ruquier s’occupe des détournements des textes. Je lui propose parfois des titres.
« Rentrez »-vous dans la peau de vos personnages ?
Non jamais. J’en donne peut-être l’illusion mais je ne suis jamais quelqu’un d’autre.
Parce qu’en dehors de la voix, il y a un vrai jeu d’acteur sur scène…
Comme on est dans le détournement, il y a un petit côté moqueur qui fait qu’on ne rentre pas dans le personnage.
Vous n’aimeriez pas chanter vos propres compositions ?
Faire ma musique, c’est encore une étape à franchir, je ne sais pas si un jour je le ferai. J’ai déjà plein de chansons, comme ça, sans prétention. Pour l’instant, ce n’est vraiment pas d’actualité.
Qu’allez-vous faire pour le jour de l’an ?
Je fêterai ça avec l’équipe, les musiciens, Laurent et quelques amis, au Bataclan. Ça va être très sympa. C’est pour marquer ensemble l’année qui s’est très bien passée. En janvier, on prend tous une semaine de vacances…enfin séparément quand même ! (rires)

Crédits photo : @ Jean-Brice Lemal

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