La Centrale, d’Elisabeth Filhol

La Centrale, paru chez P.O.L, est le premier roman d’Elisabeth Filhol. Il traite avec maladresse la question des employés des centrales nucléaires, de leur solitude, et de leur précarité. Froid et indigeste.

La Centrale, premier roman d’Elisabeth Filhol, raconte l’histoire d’un homme qui… En fait non. Ce n’est pas une histoire, et il n’y a pas un personnage, mais deux. En fait non. Un seul. Ou beaucoup. En fait on ne sait pas trop. On ne sait pas trop, parce que le style est aussi lourd qu’obscur, transformant la lecture de ces 140 pages en un ennui laborieux. C’est bien simple : pas une phrase ne donne envie de lire la suivante.

On comprend qu’il est question de centrales nucléaires et de ses employés précaires, soumis au danger permanent d’une exposition trop forte et à la peur de la contamination. Les descriptions s’enchaînent mécaniquement pour faire comprendre le statut de machine humaine des employés, seule cohérence de l’ensemble : les suicides, la visite médicale, la cohabitation en camping-car, les formations aux gestes de sécurité, l’arrivée à la centrale suivante, la route, les entretiens d’embauche, le déroulement de la catastrophe de Tchernobyl, le copain qui ne peut pas y aller, le diplôme qu’on n’a pas eu, les conversations entre employés. Oui, dans cet ordre. Autrement dit, en plus d’être ennuyeux, ce texte n’a aucune logique – on ne s’y retrouve pas.

Cela dit, c’est bien documenté. Mais pourquoi faire un roman avec des détails si précis livrés dans un style plus froid (et moins bon) qu’un premier exercice d’étudiant en première année de journalisme ?… Un reportage de trois minutes dans un journal télévisé nous en apprend tout autant. Avec des images. Et il y en a régulièrement. Elisabeth Filhol, dans une interview accordée à evene.fr, l’avoue elle-même : « Ils ont abordé différents aspects du problème, de l’extraction de l’uranium au démantèlement des centrales, en passant par la maintenance des réacteurs et le traitement des déchets. On peut dire que la télévision a pleinement joué son rôle. »

Paru chez P.O.L lors de la rentrée littéraire de janvier, il a été encensé par la critique et a reçu le prix France Culture-Télérama 2010. Sans cesse perçu comme engagé et politique (alors que l’auteure s’en défend !), il est surtout la preuve éclatante que la médiocrité littéraire doublé d’un sujet sur la « France d’en bas » fascine l’intelligentsia parisianiste, toujours avide de cette précarité qu’elle se délecte de mépriser, et qu’elle met régulièrement en avant sous des formes nobles (la littérature, pensez donc !) afin de satisfaire ses besoins faussement citoyens et se donner bonne conscience.

Finalement, ce premier roman vaut peut-être mieux que ce (mé)prix.

La Centrale, d’Elisabeth Filhol. POL, 140 p., 14,50 €

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