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«
La seule chose que je puisse revendiquer, c’est d’être compositeur. »

/// Culture // Musique / Interview

Bruno Maman, amant de sérénité…

Par Charlotte COUSIN / le 19/09/08 à 10h16

Nationalité : Française

Faire l’amour

Artiste : Bruno Maman

Label : AZ/Universal

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Bruno Maman n'est pas un artiste à l'orée de sa carrière. Découvert en 1993, il sort aujourd'hui son quatrième album, au titre évocateur Faire l'amour. Un disque empreint de profondeur et de simplicité, à l'image de l'artiste et de l'homme qui fait de sa musique une rencontre sincère entre son et sens, loin de se cantonner à un seul registre. Et même s'il donne parfois l'impression d'évoluer sous d'autres latitudes, Bruno Maman est bien là, une voix gracieuse et pudique à l'écoute...

 

Depuis la sortie de ton troisième album éponyme en 2005, que s'est-il passé, comment s'est élaboré ce quatrième album ?
La grande révolution, c'est d'être sur scène. Sur l'album de 2005, la scène a finalement beaucoup nourri l'enregistrement de ce disque et j'ai cherché à retrouver ces sensations là en studio en enregistrant live, en gardant les bonnes prises, sans trop les retravailler. Je m'étais toujours plutôt vu comme un compositeur, un auteur, un genre de rat de laboratoire. Donc, la scène, ce n'était pas une évidence pour moi. Je préférais écrire, composer, enregistrer et profiter de tout ce que le studio peut te donner pour finaliser une œuvre.

Certains des titres sur Faire l'amour ont déjà été présentés au Lavoir Moderne Parisien à Paris. Comment ont-ils été accueillis ?
Très bien. Pour le public, toutes les chansons étaient nouvelles tandis que, pour moi, c'était une façon de me projeter un peu plus loin. Avec la scène, on se rend compte de la portée d'une chanson : si elle est plus ou moins difficile à jouer, à restituer... On plaque un accord de guitare et la réaction des gens est immédiate. Tandis qu'en studio, tout est en quelque sorte permis : on est dans une bulle.

Tu as travaillé avec Alain Goraguer (arrangeur de Boris Vian et de Serge Gainsbourg) sur cet album et sur le précédent. C'est de lui que tu dis avoir tiré l'essentiel : la simplicité. Peux-tu me parler de cette rencontre, de cette relation ?
J'ai rencontré Alain  à un moment où je déstructurais les choses, où je cherchais : j'avais fait deux albums auparavant, passé beaucoup de temps à Londres, j'étais dans une identité sonore. Je crois qu'Alain m'a apaisé et m'a aidé à garder l'essentiel. Quand tu joues, tu chantes, tu es souvent attaché à des choses précises. Alain, il avait toujours une vue d'ensemble. Il réagissait à ce que je disais et ses arrangements étaient un dialogue avec le texte. Et du coup, cela permet de lâcher prise sur beaucoup de choses et de s'attacher au sens. La chanson, c'est la combinaison de mots, de sons, de plein de choses pour restituer au final de l'émotion ou un ressenti.

La chanson Place de Wazemmes n'a pas été composée par toi. Peux-tu me parler de la manière dont elle s'est créée ?

Je l'ai entendue dans la rue, jouée par un Bagad, une formation bretonne bigniou, violon, accordéon et je l'ai trouvée sublime. Je l'ai enregistrée avec ma caméra DV puis j'ai écrit le texte. Je me suis renseigné sur le compositeur que j'ai retrouvé et qui était très surpris de mon coup de fil ; il n'aurait jamais cru qu'on puisse écrire un texte là-dessus. Je l'ai ensuite invité à venir jouer lors d'un concert au Bataclan.

Cet album est difficile à définir : de la ballade de Place de Wazemmes à Sans se reconnaître plus électro en passant par le côté oriental de  Comment font les poissons. Tu ne souhaites pas être défini par un registre particulier ?
C'est complètement naturel, ce n'est pas une volonté, c'est ce que je suis, ce qui me structure. C'est difficile pour moi de le définir ou de l'analyser mais les choses arrivent comme ça. C'est pour cela que l'exercice de l'interview est souvent vécu presque chaotiquement car on essaie de donner des réponses à des choses qu'on n'a pas vraiment interrogées soi-même. De mon côté, je n'ai pas du tout l'impression de passer d'un style à un autre. J'ai plus l'impression de me plier à ce que la chanson me demande que l'inverse. Je rejoindrais plutôt  Duke Ellington qui disais qu'il y a deux styles de musique : la bonne et la mauvaise. L'histoire d'étiquette, de genre, c'est plus anecdotique. En amont de tout cela, il y a une écriture et une composition, c'est ce qui m'intéresse. La seule chose que je puisse revendiquer, c'est d'être compositeur.

Dans Naïf, sur ton précédent album, tu disais « Ma musique est faite d'espoir et de douleur », c'est toujours le cas sur cet album...
C'est vrai que la notion d'espoir est importante. Quand on chante, on a envie de changer le monde, de chanter ce qui pourrait être un monde alternatif. L'art en général a un pouvoir libérateur, guérisseur. Nous sommes des soldats sans armes et nos balles ce sont les mots. J'imagine que cette motivation d'écrire ne me quittera jamais, pour être avec les autres aussi.

Peux-tu me parler de la chanson Je ne suis pas d'ici ? Qu'y dis-tu ?

C'est parti de « vivre en poésie » : une phrase que m'avait dit mon petit garçon. J'ai imaginé ce monde où les gens ne croient que les chansons parce qu'elles disent vrai. C'est effectivement la quête d'un monde meilleur, différent même si c'est peut-être naïf et simpliste. Il y a plusieurs sens sur le « je ne suis pas d'ici » : c'est un vœu de fraternité et un refus du monde tel qu'il est.  Mais, je le dis mieux dans la chanson... C'était aussi une façon de s'attacher aux mots, aux livres dans un monde où la lecture a toujours un peu un côté subversif. Car elle engendre des actes de réflexion et de prise en charge qui ne sont pas forcément compatibles avec ce monde où on nous demande de ne plus réfléchir.

 

Bruno Maman sera en première partie du concert de Daniel Darc le 15 octobre 2008 à l'Alhambra (Paris 10e).

 

 
 

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