Les Capulet et les Montaigu s’affrontent à Bastille!

Très belle initiative de l’Opéra de Paris d’avoir programmé ce chef d’œuvre malheureusement méconnu de Bellini. Le compositeur de Norma et des Puritains ne s’est pas directement inspiré de la tragédie de Shakespeare pour répondre à une commande de la Fenice de Venise en 1830. Le librettiste Felice Romani a d’ailleurs puisé l’intrigue dans des récits italiens de la Renaissance. Ne vous attendez donc pas à assister à la rencontre coup de foudre entre Roméo et Juliette lors d’un bal , ils sont déjà amoureux l’un de l’autre dès le début du spectacle. Point de déclaration d’amour la nuit au balcon mais des déclarations de guerre entre les deux clans ennemis, celui des Montaigu mené par Roméo lui-même, présenté ici comme un vrai chef de guerre ayant pourtant tout essayé pour rétablir la paix. Mais ce qui vous surprendra le plus, c’est le fait que le rôle de ce légendaire et mythique amoureux soit incarné par une femme, chanté par une voix de femme donc, par une mezzo-soprano. Ainsi l’a voulu Bellini, par choix esthétique sans doute et c’est très certainement la raison pour laquelle l’œuvre n’a pas connu le succès mérité. Le résultat est troublant dès l’entrée en scène de Roméo, et surtout dès la rencontre des deux femmes qui n’ont de cesse de se déclarer leur amour, qui vont s’embrasser, s’enlacer et se rejoindre dans la mort. Difficile d’y croire mais la magie opère lorsque ces deux voix , celle de la mezzo Karine Deshayes, sublime et profonde et celle de la soprano Ekaterina Siurina, cristalline et émouvante se marient à merveille, transcendées par la musique grandiose du compositeur. Une fois oublié le « choc » du début, on se laisse porter par l’histoire d’un couple appartenant à des familles ennemies dont on connaît déjà la fin tragique, la mise en scène de Robert Carsen, sobre mais efficace , baignée de rouge, et par la direction musicale fougueuse de Bruno Campanella. (Photo Opéra de paris, CH. Leiber)
Jusqu’au 23 mai
Opéra Bastille
www.operadeparis.fr