La révolution Jasmin de Taiwan : les étudiants en colère

Mardi soir, des centaines d’étudiants taïwanais ont envahi le Parlement à Taipei. La manifestation était organisée pour protester contre le passage en force au Yuan législatif d’un pacte avec la Chine donnant à Pékin un plus grand accès au secteur des services dans le cadre d’un accord de libre-échange signé en 2010, l’ECFA.

Jeudi 20 mars, les étudiants mécontents étaient toujours retranchés à l’intérieur de l’établissement administratif, dans un joyeux campement dont les photos sont maintenant célèbres sur les réseaux sociaux. Certaines affiches crient à la « démocratie piétinée », d’autres encore s’indignent de la « vente de Taiwan » à la Chine.

Des empilements de chaises bloquent les portes de l’amphithéatre. Un compteur formé de grandes feuilles de papier accrochées en bas du portrait de Sun Yat-sen, marque les heures depuis le début de l’occupation du parlement.

Ce printemps taïwanais inattendu a même attiré à lui les deux vétérans de Tiananmen en exil à Taiwan, Wuer Kaixi et Wang Dan, venus s’afficher et se prendre en photo parmi les jeunes indignés taiwanais. Le magazine du groupe de médias Next a même publié un numéro hors-série sur « la révolution de jasmin à Taiwan ».

La police a essayé mercredi dernier de déloger les étudiants contestataires. En vain. Ils ont d’ailleurs réitéré aujourd’hui leur ultimatum au président Ma Ying-jeou afin qu’il « renvoie à la Chine » ce pacte qui fait polémique.

C’est l’arrêt arbitraire, qui a eu lieu lundi, des discussions sur le pacte des services et l’annonce d’un vote éminent qui a mis le feu aux poudres. Dans la soirée, des groupes de manifestants qui s’étaient rendus devant le Parlement ont alors forcé les entrées puis ont investi les locaux.

Il s’agit pour Jean-Pierre Cabestan, de l’université Baptiste à Hongkong,  d’une « usurpation du processus démocratique » qui implique « un malaise, une méfiance par rapport aux Chinois, une frustration grandissante chez les jeunes aux salaires qui stagnent, et la distance qui s’est formée entre une élite déconnectée et cette jeunesse dont la volonté d’en découdre s’est incarnée dans toutes sortes de mouvements civiques ces dernières années ».

Dans une annonce publiée jeudi matin par le Taipei Times, les étudiants indignés ont fait part de leurs inquiétudes pour ce « sanctuaire de l’entreprenariat » qu’est Taiwan, où « de jeunes gens peuvent réaliser leurs rêves en ouvrant des cafés ou bien des ateliers et devenir leur propres patrons en travaillant dur ». En cause, des sociétés chinoises « qui ont accès à des réserves abondantes de capital et sont intégrées verticalement » et qui menacent leurs si belles promesses d’avenir .