Tunisie : un an après la chute de Ben Ali, quel avenir?

Le 14 janvier 2011, Zine El Abidine Ben Ali fuyait la Tunisie après 23 ans de règne. Premier despote arabe chassé par le peuple, son départ donna le coup d’envoi aux « printemps arabes ».  Les premières élections libres se sont déroulées en octobre dernier, mais la Tunisie est confrontée à l’urgence sociale et à des défis démocratiques majeurs.

Alors que Ben Ali s’est enfui en Arabie Saoudite avec son épouse, les Tunisiens sont, eux, libérés mais attendent toujours les fruits de leur révolution. Pour eux, « Ben Ali, ça a été un traumatisme, un dégoût politique ». S’il ne représente plus de danger, la page n’est pas totalement tournée pour autant. « Les vices qui caractérisaient et ont entraîné la chute de l’ancien régime sont toujours là: corruption, chômage, manque d’expérience démocratique » analyse Yadh Ben Achour, juriste.

Les régions déshéritées du centre de la Tunisie sont ravagées par le chômage. La moyenne nationale est de 19%, mais le taux peut atteindre 50% dans l’intérieur du pays. La « révolution de jasmin », portée par un ras-le-bol général contre un système de corruption exacerbé, n’a guère amélioré la situation, au contraire. « La corruption se poursuit avec une ampleur extraordinaire », accuse le Dr Sami Remadi, président d’une association créée après la révolution, dénonçant « l’inertie » des autorités tunisiennes depuis un an. Selon le classement « Indice de perception de la corruption » établi par l’organisation spécialisée Transparency International, la Tunisie a régressé entre 2010 et 2011 de la 59e à la 73e place sur 183 pays.

On se souvient du jeune tunisien, Sidi Bouzid, qui s’était immolé après un contrôle de police, et devint le symbole de la révolution. Encore cette année, plusieurs tentatives d’immolation par le feu ont eu lieu. L’Etat a déjà versé 20.000 dinars (10.000 euros) à chaque famille des morts de la révolution et 3.000 dinars (1.500 euros) à chaque blessé.
« Cette somme suffit à peine à se soigner », estime Lamia Farhani, présidente de l’Association des familles des martyrs et blessés de la révolution tunisienne et soeur d’un « martyr » abattu le 13 janvier.

Les Tunisiens dénoncent aussi le manque « d’expérience démocratique ». « Ben Ali est parti, mais le reste de la meute est toujours là », selon la formule d’un jeune cadre commercial. La plupart des anciens responsables au pouvoir, « se sont recyclés dans les autres formations politiques, sauf dans les partis d’extrême gauche et nationalistes arabes », constate Salem Labiadh, professeur de sociologie politique à Tunis.  « C’est inévitable, mais cela entretient le doute sur l’enracinement du régime démocratique, crucial pour le développement et l’avenir du pays ». La plupart des Tunisiens estiment aussi qu’il sera difficile de retrouver une liberté d’expression. Plusieurs journalistes de l’ère Ben Ali ont été récemment promus par le nouveau pouvoir islamique en place depuis le 23 octobre. Pour ce 14 janvier 2012, les nouvelles autorités ont prévu une amnistie et une cérémonie officielle. Plusieurs dirigeants arabes ont été invités. Des appels à venir se souvenir, avenue Bourguiba, circulent sur Facebook.

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source : France Info