Fluide Glamour : le féminin qui ne nous prend pas pour des cruches

Un nouveau magazine féminin a fait son apparition dans les kiosques le 22 avril dernier. Encore un parmi tant d’autres ? Non. Attention, Fluide Glamour est arrivé.

En ces temps de morosité ambiante concernant les difficultés économiques de la presse, annoncer un nouveau titre est une joie sans nom. Surtout quand ce nouveau titre est « rigolo, sexy et moderne » (ça, c’est leur slogan) mais aussi intelligent, incisif, divertissant, salvateur, ambitieux, drôle, d’utilité publique, et b… (ah bon, faut que je m’arrête là ?)

Ce nouveau titre, c’est Fluide Glamour. Et comme son nom l’indique, c’est la petite soeur de Fluide Glacial, magazine bien connu des amateurs de bande-dessinée à l’humour érotico-macho-cynico-trash. Mais alors attention : c’est le même version fille, mais sans les stéréotypes des magazines féminins. Et ça fait du bien.

Mesdemoiselles, ne vous attendez pas à trouver des conseils pour trouver la même teinte de rouge à lèvres que Dernière-Bimbo-En-Date ou le  régime-miracle qui vous fera des fesses en béton armé pour séduire le surfeur australiano-niçois sur les plages de St-Trop’ lors de vacances d’été que vous n’aurez pas. Ni de potins médiatico-people, de bons plans shopping sponsorisés Auteuil-Neuilly-Passy, et d’horoscopes genre « kss-kss-amie-Lion-si-tu-continues-à-t’énerver-contre-Duboss,-Mercure-en-Maison-de-la-Licorne-Dorée-te-cassera-un-ongle ».

Fluide Glamour, c’est un magazine féminin « rigolo, sexy et moderne » (donc) qui prend les (jeunes) femmes pour ce qu’elles sont (souvent) : intelligentes, pas dupes, et obsédées sexuelles. Oui messieurs. (On vous le prêtera. Si vous promettez de ne pas être sages.)

Comme je ne peux pas tout vous raconter (ça se lit et ça s’admire, hein, c’est beaucoup de BD entre les articles), je vais prendre quelques exemples.

Fluide Glamour, très 2.0
En jeune femme bien ancrée dans son époque (ou en avance sur son temps ?), je me dois d’applaudir à deux mains la rubrique « Secret Message Service ». Je cite : « Secret Message Service est, comme son nom l’indique, une oreille ouverte sur vos secrets. Petits, lourds, graves, rigolos, légers ou hautement fantasmatoires, vous pouvez les exprimer et les partager par le moyen le plus simple et moderne qui soit. Un simple SMS. Ou comment déverser les névroses de votre libido en 160 signes maximum ! »
S’ensuivent trois photos du portable (dont le numéro est, bien entendu, indiqué) montrant ces fameux SMS. Coquins, érotiques, voire carrément bouillants.
Dis, Fluide Glamour, à quand un compte Twitter pour ce « Secret Message Service », mh ? 140 signes c’est pas mal non plus… (Je suis définitivement trop en avance sur mon temps.) Bon, et puis régulièrement aussi, on nous indique qu’on peut partager nos expériences et nos opinions sur le blog. So 2.0.

La chronique d’Ovidie
Si cette affaire de SMS est anecdotique, on arrive aux choses sérieuses. Ovidie, star de la pornographie, nous offre un article très instructif sur Larry Flint, autre grand personnage de la pornographie. C’est bien écrit, intéressant, et les illustrations de John Billette (un rien trash mais toujours hilarantes) valent le détour à elles toutes seules. Je ne sais pas si Ovidie sera une chroniqueuse régulière, mais je l’espère !

L’Histoire de cul de France racontée à mes petits-enfants
Alors voilà un tour de force d’illustrateur. A la façon de Gustave Doré, l’impressionnant Bertail nous offre une « Histoire de France » olé-olé certainement beaucoup plus proche de la réalité que ce qu’on nous enseigne à l’école. Sa frise s’arrête à la Pucelle d’Orléans, et je trépigne d’impatience d’avoir le prochain numéro : « A bientôt pour la suite, les enfants, si vous êtes sages avec bon-papa… » De quoi se prendre subitement de passion pour les rois de France. (Par contre euh… a-t-il prévu de croquer la Vème République, parce que là euh… ça promet d’être… euh…)

La couverture
La couverture est un modèle du genre. Déjà, elle est rose fluo (pardon, on dit « flashy » maintenant, c’est carrément plus branché) histoire d’annoncer la couleur. (Magazine pour filles… rose… tout le monde suit bien ?) Mais attention, hein, ce n’est pas un rose Disney, non non. C’est un rose qui pique les yeux, un peu violent, un peu agressif, un peu « tu vas voir ce que tu vas prendre voir », quoi.
Ensuite, la typographie. Les caractères sont blancs, sauf les trucs vachement essentiels, qui sont en noir : « club SM », « des hommes simulent », « bombes sexuelles », « Sexfight », et last but not least « Le sex-toy du mois : la machine à laver ». Du lourd, on vous dit.
Et alors le must du must… la cerise sur le gâteau… le coup de génie… (j’essaye de trouver un truc rigolo et intelligent mais j’y arrive pas) l’illustration. Signée Arthur de Pins, elle singe les habituelles Unes des féminins : une fille dans une pose lascive mais au sourire Email-Diamant, légèrement vêtue, sans un gramme de gras et des formes juste pile poil ! là où il faut (comme par hasard). Sauf qu’en y regardant de plus près… les boucles d’oreilles de ce charmant morceau de viande indiquent « 7.5€/kg », que le sac simili-Vuitton est griffé « Viande bovine Française », qu’elle a un sautoir de saucisses autour du cou, une ceinture de jambon en guise de jupe, des bas façon rosbeef, et des crochets de boucher et un bracelet clouté en guise d’accessoires.
Si ça, ce n’est pas défoncer tous les codes des stéréotypes pullulants dans nos kiosques, je ne sais pas ce que c’est.

Bon, et puis bien sûr, il y a tout le reste. Les bandes-dessinées, surtout, qui parlent de plaisir solitaire, de clubs échangistes, et de première fois (une bonne idée, d’ailleurs). Il y a aussi les chroniques sur les rateaux, et celle sur les fétichistes. Et tant d’autres choses…

Vous l’aurez compris : ce magazine est complet, riche, coquin, et immensément drôle. J’attends le deuxième numéro avec impatience, pour savoir si la grâce sera de nouveau au rendez-vous. En attendant, courez acheter celui-ci, c’est frais et ça remonte le moral en période de crise. Tout ça pour la modique somme de 4,90€.

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