[Témoignage] Réfugiés : Le vécu de Toufan, un Afghan en quête de sécurité et d’un avenir meilleur

[Témoignage] Réfugiés : Le vécu de Toufan, un Afghan en quête de sécurité et d’un avenir meilleur0

latifa el-houariPublié le 9 juin 2017 - Lu 590 fois

Il y a un an et demi, je rencontrais une jeune femme ayant fait le choix de venir en aide, à son échelle, d’un jeune réfugié. Cette dernière avait bien voulu me parler de son vécu et de la situation dans laquelle certains réfugiés se trouvaient. Malheureusement, je n’ai pu avoir de nouvelles de sa situation à l’heure actuelle.

 Aujourd’hui, sur Planète Campus, j’ai décidé de vous partager son témoignage émouvant…

Qualifiés de réfugiés par certains, de migrants par d’autres. Ces qualifications, souvent utilisées, comme synonymes renferment, pourtant, bien des enjeux juridiques.

Si, dans les deux cas, le réfugié comme le migrant quitte le pays dont il est originaire, le premier pourra bénéficier de l’asile politique, le second, quant à lui, ne le pourra pas, si le contexte politique du pays dont il est originaire ne met pas sa vie en danger .En effet, le terme de migrant peut renfermer la « catégorie » de réfugiés politiques, entre autres.

Avec les révoltes arabes qui ont débuté en janvier 2011, en Tunisie, l ‘instabilité de nombreux Etats dans la région du Proche-Orient et de l’Asie de l’ouest, l’implantation et l’évolution de l’organisation de l’État islamique, de nombreux ressortissants, entre autres, irakiens et syriens, se sont engagés dans des traversées périlleuses, en vue d’éviter des persécutions perpétrées par des entités étatiques ou non, et offrir un meilleur avenir à leur famille.

Face à cet afflux d’âmes important, les politiques, à l’échelle européenne ne savent y faire face, et l’on assiste, dans la plupart des cas, à la mise en œuvre de logiques nationales de renvoi vers les pays voisins. L’opinion publique française, et plus largement, européenne est, elle aussi, déchirée entre l’accueil et l’expulsion de ces personnes en détresse…

Nora (nom d’emprunt) fait partie de ces personnes ayant fait le choix d’accueillir un réfugié chez elle : Toufan. Pour cette étudiante Orléanaise (en reprise d’études depuis quatre ans) de 37 ans, divorcée et mère de trois enfants, difficultés administratives et financières sont son quotidien.

Rencontre.

Vous accueillez actuellement un réfugié chez vous. Quel périple a-t-il dû vivre avant d’arriver en France ?

Je loge Toufan (prénom d’emprunt) depuis le 26 juin 2015. Il est de nationalité afghane. En Afghanistan, il a été victime de multiples persécutions. Il a fui son pays d’origine afin de vivre sans crainte. Son père étant un haut fonctionnaire dans le gouvernement afghan, il a voulu suivre ses traces et devenir policier à son tour.

Le problème est que le quartier, dans lequel il vivait, était à forte majorité partisane des talibans. Ils ont pour but de régner dans le quartier mais aussi dans tout le pays. Leur pouvoir repose essentiellement sur la peur. Ils souhaitent avoir une emprise sur la population, notamment en empêchant les jeunes de participer activement à la construction de leur pays. Après avoir fini ses études et obtenu l’équivalent du baccalauréat, Toufan s’est inscrit à l’Académie de police de Kaboul. Il ne s’attendait vraiment pas à ce que ses voisins lui rendent la vie impossible suite à ce choix. Il était donc constamment menacé. A deux reprises, il a été physiquement agressé. Malgré ses plaintes déposées auprès des autorités, ses agresseurs parvenaient toujours à s’en sortir. Il a donc pris la décision de s’enfuir de son pays. Une décision qui est intervenue suite à la seconde agression dont il a été victime.

Durant le long périple qu’il a fait, il a, notamment, dû traversé, durant une semaine, l’Iran dans des camionnettes, où, lui et d’autres personnes fuyant les persécutions, étaient entassées comme du bétail. Après l’Iran, son voyage s’est poursuivi en Turquie. Il y est resté une douzaine de jours afin de trouver des passeurs qui puissent lui faire traverser la frontière. Regroupé en un groupe de 25 personnes, ils ont été conduits vers la Bulgarie. Pendant 3 jours, ils n’avaient ni à boire ni à manger. Parmi ses camarades d’infortune, il y avait des familles entières avec des femmes et des enfants en bas âge.

La Bulgarie dépassée, Toufan pensait être enfin à l’abri, mais il n’en était rien. Il a été mis dans une camionnette vers la Serbie. Lâché en pleine forêt avec d’autres jeunes et moins jeunes. Il a dû se cacher. Toufan est resté en forêt pendant deux nuits, dans le froid et tenaillé par la faim. Alors que les passeurs lui avait formellement interdit, Toufan a regagné un sentier donnant sur une route. Là, exposé à la vue de tout le monde, il a été interpellé par les autorités bulgares où il a été roué de coups, jusqu’au point d’avoir une dent cassée.

Malheureusement pour lui, il était arrivé après de fortes affluences de « clandestins » que les policiers ne parvenaient plus à contenir. Ils n’arrivaient pas à y faire face. Ils étaient submergés.

Toufan, a, sans surprise, été aussitôt expulsé par les autorités serbes. Par la suite, il a été emprisonné pendant 18 jours puis relâché.

Une fois remis, il a de nouveau entamé un voyage vers la Serbie où il a pu cette, fois-ci, traverser le pays sans difficultés. Après être arrivé en Hongrie, il a, cependant, été interpellé par les autorités hongroises qui l’on envoyé directement vers un campement. S’il opposait la moindre réticence, il était susceptible d’être expulsé vers la Bulgarie. Là, il a donc fait une demande d’asile afin de ne pas être expulsé. Dans ce campement, il est resté 2 semaines avant de repartir vers l’Allemagne puis la France, sa destination finale.

Toute cette traversée lui aura coûté 13 000 $ (soit environ 12 270 €).

Accueillir un réfugié chez soi est une chose que très peu de nos concitoyens ou même Européens ont le courage de faire. Il est vrai que nous vivons dans un monde craintif de l’autre et de ce qui vient « d’ailleurs ». Quel a été le déclic qui vous a poussé à venir en aide à ce réfugié ? Avez-vous, vous-même, éprouvé un sentiment de méfiance, de crainte au départ ?

C’est un de mes neveux, donc je n’ai eu, absolument, aucune crainte. Pour ce qui est du déclic, je pense qu’on peut le résumer, tout simplement, à mon vécu, puisque, je suis, moi-même une ancienne réfugiée. J’ai hébergé Toufan, tout naturellement.

Accueillir un réfugié chez soi implique, entre autres, un coût financier. Est-ce que dans votre commune, il y a certains mécanismes qui sont mis en place ? (allocations, etc.)

Oui ! Je confirme que le fait de recevoir chez soi un réfugié représente un certain coût. Surtout pour une personne avec 3 enfants, et de plus, en formation, et donc avec peu de moyens financiers.

J’ai effectué des démarches auprès de Pôle emploi qui met à disposition des demandeurs d’asile une allocation temporaire d’attente d’un montant de 11 € par jour.

Toufan souhaiterait suivre des cours de français afin de pouvoir être autonome et commencer à suivre une formation. Malheureusement, après s’être renseignés dans tous les organismes d’aides possibles et imaginables, nous avons appris qu’il ne pouvait réaliser aucune formation tant qu’il n’avait pas le statut de réfugié. Bien qu’il soit plein de bonne volonté et d’espoir de pouvoir vivre librement, il y a toujours ce frein administratif.

Faisant partie de la procédure dite de « Dublin », il doit quitter le territoire français pour la Hongrie qui refuse, quant à elle, son retour sur son sol…

Nous avons pris un avocat pour défendre sa cause auprès du tribunal administratif d’Orléans.

Il ne disposait plus que de 45 jours avant d’être expulsé vers la Hongrie. Et, à ce jour, il ne lui reste plus qu’une semaine. Depuis qu’il a reçu son avis d’expulsion, il doit pointer tous les lundis matin à 9h30, au commissariat de police, car il est assigné à résidence.

Qu’en est-il de la situation dans l’Orléanais ? Y a-t-il un nombre important de personnes, étant dans le même cas que celui de Toufan, souhaitant trouver refuge dans l’Orléanais ?

Je ne sais pas trop s’il y a d’autres étrangers dans son cas, mais tous ce que les associations nous disent en off, bien sur, c’est que les villes, c’est-à-dire les administrations, ont une tendance à prendre les décisions en fonction de la couleur politique de leur maire !

Comment se porte Toufan à l’heure actuelle ?

Très clairement, il vit dans la crainte que la police l’expulse, que ce soit vers la Hongrie ou ailleurs. Pour lui, le temps lui est compté. Et, je dois vous l’avouer, il a perdu le sommeil…

Propos recueillis par Latifa El Houari.

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