« Pas d’avortueuse à l’Académie française » : ma réponse
Classé dans ActualitésPar Florence Porcel le 24 mars 2010 à 11:00 — Lu 144 fois
Le jeudi 18 mars, j’ai publié l’article intitulé « Pas d’avortueuse à l’Académie française : la manifestation de la honte », où je prenais position contre les manifestants anti-IVG qui profitaient de l’intronisation de madame Veil au rang d’Immortelle pour s’exprimer sur leurs convictions.
Ce billet d’humeur, engagé, ne reflète bien évidemment que l’opinion de son auteur et les propos énoncés n’engagent que moi. Lu plus d’un millier de fois, il a vu son espace dédié aux commentaires des internautes se déployer en un vaste échange d’idées, d’opinions, et de points de vue.
Je tiens à préciser qu’aucun des commentaires reçus n’a été censuré. La liberté d’expression est une liberté fondamentale que je ne saurai remettre en cause, en aucun cas, à aucun moment, sur aucun sujet. Seulement, de nombreuses questions, objections, et critiques m’ont été adressées directement dans ces commentaires. J’ai essayé d’y répondre, mais pour des raison de manque de temps, il m’a été difficile d’exposer mes arguments et de défendre mon point de vue.
C’est la raison pour laquelle j’ai décidé, hors du contexte strictement professionnel que représente le site Planète Campus, de répondre en détail, point par point, à ceux qui, par provocation ou par conviction, m’ont posé des questions et ont soulevé des faiblesses dans ce billet. Je tiens donc à partager ici même, dans une volonté sincère de dialogue, ma réponse, publiée sur mon blog personnel sous le titre de « A ceux… qui veulent me réduire à Marie et/ou à Marie-Madeleine ».
Trop long pour être publié dans son intégralité, je ne vous en propose que les premiers paragraphes. Libres à ceux qui souhaitent lire mes arguments jusqu’à la fin de le faire.
Merci à tous les internautes qui permettent ce débat et ces échanges d’idées. Quelles que soient leurs convictions.
A ceux… qui veulent me réduire à Marie et/ou à Marie-Madeleine
En préambule, sachez que j’ai beaucoup réfléchi, et que je réfléchis toujours beaucoup, aux différents sujets que je vais aborder. Ce qui va suivre reflète ma position et mon opinion ce jour. Je reste donc libre de changer d’avis, pour la simple et bonne raison que je reste ouverte au dialogue et que je prends en compte chacun des arguments de ceux qui n’ont pas la même vision que moi. Je ne balaye jamais un point de vue du revers de la main : je le soupèse toujours avant de me forger ma propre opinion.
Je remercie donc par avance ceux qui liront ce post tout en sachant qu’ils ne seront pas d’accord avec ce qui y sera dit, et qui respecteront mes propos comme je respecte les leurs.
Mes (non-)croyances
Je viens d’une famille traditionnellement catholique. Je suis baptisée. J’ai fait un an de catéchisme, en classe de CM1 ; mes parents se sont très vite rendus compte que je resterai réfractaire à ces inepties. Je les remercie néanmoins d’avoir fait la démarche de m’initier à cette religion qui est la leur – en théorie (ni l’un ni l’autre n’est pratiquant). Et je les remercie encore plus de ne pas me l’avoir imposée par le biais de cours de catéchisme plus longuement obligatoires.
Je suis athée. Je ne crois en aucune sorte de divinité – je trouve l’idée absolument absurde, dénuée de sens même. Cela dit, je comprends qu’on puisse, qu’on ait besoin d’y croire ; je respecte totalement ceux qui ont une foi.
Ce n’est juste pas mon cas.
Comme j’accepte sans y croire une seule seconde la potentialité (même minime à l’extrême) qu’il puisse exister une divinité, merci aux croyants d’accepter sans y croire une seule seconde la potentialité (même minime à l’extrême) qu’il puisse ne pas en exister.
Tout simplement parce que, d’un côté comme de l’autre, nous n’avons aucune preuve de ce que nous avançons.
Ma position sur l’avortement
Plusieurs associations se sont donc réunies avant-hier au Quai Conti pour dénoncer l’entrée de Simone Veil, à l’origine de la loi en faveur de l’avortement, à l’Académie française. Ils pleurent les « millions d’enfants français qui manquent parce qu’ils ont été assassinés dans le sein de leur mère ». Vous remarquerez que les deux personnes à haranguer les pro-IVG étaient des hommes… Mais j’y reviendrai.
Vous l’aurez compris, je suis pour le droit à l’avortement (même si être pour ou contre n’a pas vraiment de sens puisque cette loi existe.) Je ne pense pas qu’une IVG soit un meurtre d’enfant. Une IVG est une interruption du développement d’un embryon – voire d’un foetus.
Avant la 12ème semaine de grossesse, je ne pense pas que ce foetus soit vivant : pour moi, tout ce qui n’est pas viable en dehors de l’utérus n’est pas vivant. Ca me semble être le bon sens, mais je respecte ceux qui pensent autrement.
Avant la 12ème semaine de grossesse, un foetus n’a pas de sexe déterminé. Ce n’est donc pas une personne : ce n’est encore juste qu’un ensemble de cellules qui peut potentiellement devenir un foetus viable.
Avant la 12ème semaine de grossesse, un foetus n’a pas d’activité cérébrale. Or, la sience dit qu’il n’y a conscience que lors d’une activité cérébrale.
Avorter n’est donc pas tuer. C’est juste stopper le développement d’un ensemble de cellules. Qui n’est ni vivant, ni une personne – puisque pas viable, ni conscient, ni sexué. Point.
Et Francis Kaplan, auteur de L’embryon est-il un être vivant ? (éditions du Félin, 2008) l’explique très bien dans son entretien avec Lucette Finas (que j’ai trouvé au hasard de mes recherches après avoir écrit ce précédent paragraphe.)
L’IVG : souvent la meilleure solution
Dans toutes les époques, dans toutes les cultures, les femmes ont avorté. Avec des méthodes plus ou moins dangereuses pour leur santé ou leur vie. De nos jours en tout cas, autant d’avortements sont pratiqués dans les pays où ils sont interdits que dans ceux où ils sont légalisés.
Chaque année, près de 20 millions d’avortements sont réalisés en dehors de structures spécialisées. Toutes ces femmes qui prennent des risques inconsidérés et qui endurent souffrances et complications ne le font pas pour le plaisir. Elles le font parce qu’elles n’ont pas d’autre choix. Elles le font parce que c’est la meilleure – la moins pire – des solutions qui s’offrent à elles.
Restons en France. Prenons un cas proche et concret : le mien. Mettons que je tombe enceinte demain. Malgré toutes les précautions que je prends (pilule + préservatif, je n’ai jamais fait autrement pour justement éviter ça), ça peut arriver. Je vis dans un studio de 12m². Je suis étudiante-stagiaire. Mon loyer – pour ne parler que de lui – est supérieur à ce que je gagne. Je vis seule. Je suis indépendante. Mes parents travaillent, et ils sont loin. Pour avoir une place en crèche à Paris, il faut s’inscrire sur des listes d’attente deux ans avant l’accouchement (au mieux). Une assistante maternelle coûte très cher.
Que ferais-je d’un bébé ? Où l’installerai-je ? Avec quoi est-ce que je pourrai le nourrir, l’habiller, le soigner ? Quand et comment pourrais-je m’en occuper ? Si j’arrête mes études pour le garder et l’élever, à partir de quand pourrais-je recommencer à travailler pour gagner de quoi subvenir à nos besoins ? Et sans diplôme, quel genre de travail réussirai-je à avoir ? Pour quelle rémunération ?
Non, il n’y a pas de meilleure solution que l’avortement dans mon cas. Et je ne suis pas le plus désespéré, le plus démuni, le plus en détresse. Loin de là.
Mais avoir un bébé maintenant, c’est nous condamner, ce bébé et moi, à une vie de grande précarité, voire de misère. Est-ce vraiment la vie que ces manifestants souhaitent à cet enfant ?…
IVG, ITG, IMG… et la vie
Parlons-en, de la vie. Les manifestants d’avant-hier défendent la vie comme un état : un être qui respire, qui bouge, qui pense, qui ressent. Moi, je pars du principe que la vie, c’est tout ça, plus les conditions dans laquelle cet être grandit. Parce qu’être vivant, c’est être vivant quelque part, à un moment donné, dans un contexte donné. Pour reprendre mon exemple personnel, donner la vie dans neuf mois à un enfant qui serait le mien n’a aucun sens. Aucun.
Décider de mettre un enfant au monde, c’est la plus grande responsabilité qui soit. Ce n’est pas une décision qui se prend à la légère. Et le mettre au monde sous le seul prétexte que « la-vie-à-tout-prix » est à mon sens la preuve d’une irresponsabilité et d’une immaturité condamnables si les conditions pratiques, financières, sanitaires, psychologiques, etc… d’accueil du bébé ne sont pas réunies.
Si vous souhaitez lire la suite, cliquez ici.
Retrouvez-nous sur Facebook et Twitter (@PlaneteCampus) et soyez les premiers informés !
Articles en relation
Inscris-toi à la newsletter

Actualités
Tendances
Culture
Bons plans
Mes études
Ma carrière
Petites annonces 


Que de conneries entassées sous couvert d’ouverture d’esprit!
Mais vous ne connaissez rien à la vie et un être qui bouge dans le sein de sa mère n’aurait pas de vie?. « Animé! » ça vous dit quelque chose? L’enfant à naître ne serait qu’une petite marionnette que la mère ou le médecin ferait bouger avec quelques ficelles bien cachées pour qu’on le voit bouger lors des echographies? Faites un autre métier et que vous soyez athée, on en a rien à faire car c’est demain … ou après demain, lors de votre mort que vous aurez la GRANDE surprise de vous présenter devant Dieu. En conclusion, vous n’êtes rien, vous ne venez de nulle part, n’allez nulle part, l’euthanasie serait donc une solution pour ne pas avoir à financer une rien du tout!(acte tout aussi criminel que celui dont vous parlez)
Modéré par qui? Un partisan de l’avortement?
Je ne peux pas m’occuper des commentaires dans la seconde, cher champoiseau, ni même dans la minute, merci de le comprendre.
Bonjour, j’ai lu vos deux articles, et je tenais à vous faire lire ce document, fruit d’une enquête tout à fait intéressante menée en Ouganda.
http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/1/20/76/84/pdf/preventionsida.pdf
Je suis contre l’avortement. Je suis contre la contraception qui veut nous faire croire qu’on est capable de tout maitriser.
Serions-nous des animaux qui ne cherchent qu’à satisfaire leurs « besoins » sexuels ? Ou bien sommes-nous des hommes avec une conscience et une dignité, capables de résister à des pulsions ?
Ah oui, si vous respectez les croyances des autres, évitez de déclarer que ce sont des « inepties ».
Sinon, un peu hors-sujet, mais en tant qu’athée, quel est le but de votre vie, sachant que tout s’arrête à votre mort ?
Qu’est-ce qui différencie l’Homme de l’animal, sinon une intelligence plus développée ? D’où vient la conscience ?
1 – Merci pour ce lien, en effet très intéressant !
2 – Concernant la contraception, il ne s’agit pas tant de satisfaire nos besoins sexuels que de choisir avec qui, quand, et combien d’enfants. Sommes-nous des lapins, pour nous reproduire aveuglément ?… Ca s’appelle le progrès. Et, surtout, la liberté pour les femmes. Etre contre la contraception, c’est être réduite au rôle de femme au foyer. Ce n’est pas la société dans laquelle je souhaite vivre, personnellement…
3 – Je ne vois pas pourquoi nous nous interdirions les rapports sexuels. La vie est déjà si difficile, pourquoi ne pas s’accorder des moments de tendresse et de plaisir ? Nous ne sommes pas des animaux, en effet. Les pulsions non-contrôlées, comme vous dites, s’appellent des viols, et ils sont sévèrement punis par la loi. Mais ce n’est pas être un animal que de satisfaire un besoin sexuel avec une personne majeure et consentante. C’est au contraire profondément humain…
4 – Depuis quand être athée signifie croire que tout s’arrête à la mort ??
5 – Il y a des animaux extrêmement intelligents – il s’agit juste d’une autre intelligence. Les abeilles, les fourmis, etc… Ce qui différencie l’homme de l’animal ? Le contrôle des naissances, entre autres. Une femme n’est pas une femelle.
1- De rien
2- Aveuglément, du tout ! Je prône la régulation naturelle. Je sais que c’est dur, mais c’est quand même plus beau à vivre, à mon avis, que de s’enrober de latex, ou de s’empoisonner.
Et puis quel mal y a-t-il à être mère au foyer ?
3- Et bien moi je suis contre cette pensée que l’on a des « besoins » sexuels. Je ne nie pas qu’il y ait des envies, mais je pense qu’on peut vivre sans. Et puis la satisfaction d’un besoin, c’est un peu égoïste, non ?
4- Être athée, ce n’est pas nier qu’il existe un Être supérieur ? Sans Dieu, pas d’âme, si ? Enfin, je ne vois pas ça autrement, éclairez-moi.
5- Il y a un contrôle des naissances naturel chez les animaux. Ce sont les périodes de rut/chaleur. Enfin, ce n’est pas le meilleur exemple à prendre pour différencier Homme et animal.
Et on ne peut pas nier notre supériorité intellectuelle sur les animaux.
Qui peut penser abstraitement, sinon l’Homme ?
1) Je suis d’accord : le préservatif, c’est pas glamour. Mais tellement utile contre les maladies ou les grossesses non-désirées… Il n’y a en effet aucun mal à être mère au foyer, à partir du moment où c’est un choix (j’insiste là-dessus). Or, interdire l’IVG ou la contraception l’impose… et ça que je reproche à ceux qui prônent ces interdits.
2) Qu’on ait des besoins sexuels est plus qu’une pensée, c’est un fait scientifiquement prouvé… Sans besoin pas d’envie, sans envie pas de procréation
Ca s’appelle les hormones, tout simplement (en plus de processus chimiques plus complexes). Et en quoi la satisfaction d’un besoin est-elle égoïste ? Prendre du plaisir avec un (ou plusieurs) partenaires est au contraire un acte de partage…
3) Oui, vous avez la bonne définition d’être athée. Mais je ne parle pas d’âme – connotée religieux – plutôt de conscience. Et je crois qu’une conscience existe, oui. Mais pourquoi serait-elle forcément créée par un être supérieur ??
4) Les femmes non plus ne peuvent pas procréer tous les jours ! Nous avons une période d’ovulation… Et même si nous avions, comme les animaux, des périodes de rut/chaleur, nous aurions quand même inventé la contraception. Parce que oui, nous avons la supériorité intellectuelle sur les bêtes, c’est indéniable. A quoi nous servirait cette intelligence si c’était justement pour ne pas améliorer nos conditions de vie ?
Vous dites que l’abstinence « c’est dur, mais c’est quand même plus beau à vivre ». Vous l’avouez vous-même : ne pas céder à vos besoins sexuels est difficile, donc vous avouez ces besoins que vous niez par la suite…
Mais finalement peu importe. Personnellement, je trouve la vie assez difficile comme ça pour ne pas m’autoriser des moments de plaisir. Il n’y a rien de mal là-dedans, le sexe, non, ce n’est pas sale.
Quelle genre de vie est une vie pleine de frustrations ? Pas celle que je souhaite en tout cas, ni pour moi, ni pour vous…
Je ne sais pas si vous lirez ceci, mais voilà ma réponse :
1- Vous dites que « Or, interdire l’IVG ou la contraception impose [aux femmes d'être mère au foyer]« . Je parle des méthodes de régulation naturelle des naissances : suivre le cycle biologique de la femme. Ce qui suppose que la femme n’est pas toujours disponible, elle n’est pas la chose que l’homme peut « prendre » (pour reprendre ce terme prisé par certains) n’importe quand, n’importe comment.
2- Non, le sexe n’est pas un besoin ! Si c’en était un, je serais déjà mort de manque. C’est une envie, et encore, tout le monde n’en a pas.
Ne soyons pas esclaves de nos envies.
3- Si la conscience vient d’elle-même, pourquoi sommes-nous la seule espèce sur Terre à l’avoir ? Vous convenez dans votre 4) que l’Homme a la supériorité intellectuelle.
4- Oui, nous avons une intelligence, mais ce n’est pas une raison pour la mettre au service de pensées mortifères.
Et oui, je suis d’accord que le sexe, non, ce n’est pas sale, mais ça se salit très facilement, comme tout ce qui est beau.
Et on ne peut pas avoir une vie où l’on aurait immédiatement ce que l’on veut. Ce n’est pas de la frustration que de s’abstenir de faire l’amour quelques jours. Sinon, ça veut dire qu’on a déjà cette habitude de laisser son corps décider à la place de son esprit.
Manger, dormir, ce sont des besoins. Le sexe n’importe quand, n’importe comment, non. Dans le couple, oui.
Mais de la même manière que l’on peut se passer de manger à midi, on peut se passer de sexe quand on ne veut pas d’enfant.